Lance Pierre - samedi 21 février 2004
Je commence à perdre patience devant cette paranoïa de l’antiaméricanisme dans laquelle se complaisent ostentatoirement les séides du « parti de l’étranger », qui a toujours sévi dans notre pays, depuis que les Eduens gaulois s’extasiaient, jusqu’à la trahison, devant les exploits de Jules César.
Ce qui m’horripile le plus dans cette affaire, c’est de voir ces prétendus américanophiles - qui ne sont trop souvent que des bigots du culte de la force - s’obstiner à confondre les États-Unis avec le petit cercle des copains de « Deubeliou ».
Mais Bush ne représente l’Amérique en aucune façon. Président élu à l’arraché par décision de justice, ce qui n’est pas très reluisant pour la première démocratie du monde, Bush junior perd chaque jour un peu plus de chances d’être réélu, depuis que ses concitoyens commencent à comprendre qu’il n’a cessé de leur mentir pour les entraîner dans le bourbier irakien.
La seule chose qui m’ennuie, c’est que l’échec prochain de Bush ramènera probablement à la Maison Blanche un président socialo-démocrate, puisque les Américains, tout comme les Français d’ailleurs, sont enchaînés dans la balançoire droite-gauche qui voue nos républiques à la démarche titubante des ivrognes.
J’aime l’Amérique et je remercie l’Europe de l’avoir enfantée. Les Américains forment un peuple admirable à bien des égards. Ils font preuve de dynamisme, de courage, de confiance en eux-mêmes et ne reculent pas devant les responsabilités.
Dans un article intitulé « La force de l’Amérique », publié dans ma revue « L’Ère nouvelle » en mars 1997, j’écrivais ceci : « Plutôt que jalouser sans cesse les Américains, fustiger leurs tendances dominatrices et parler de leur puissance comme si elle était tombée du ciel, nous ferions mieux de nous interroger sur l’origine psychologique de cette puissance, de nous demander quel est le ferment qui donne à l’économie américaine cette capacité sans pareille de surmonter toutes les difficultés. À mon avis, l’explication de cette formidable puissance d’adaptation et de réaction tient en un seul mot : liberté ! Les citoyens américains sont beaucoup plus libres que nous, non seulement d’entreprendre, mais aussi de choisir dans le marché ce qui leur convient et sous leur seule responsabilité individuelle ». Alors le premier qui m’accuse d’antiaméricanisme, je lui remonte les bretelles !
Démission d’un diplomate américain
Maintenant, je reproduis ci-après une lettre du diplomate américain John H. Brown. Diplômé de Princeton, il rejoignit le département d’État en 1981 et fut envoyé en poste à Londres, Prague, Cracovie, Kiev, Belgrade et, plus récemment, à Moscou. Membre supérieur du service des Affaires étrangères depuis 1997, il remit cette lettre de démission en mars 2003 (traduction de Romain Naudot pour le Réseau Voltaire) :
« Monsieur le secrétaire d’État, Je rejoins mon collègue John Brady Kiesling en soumettant ma démission du Service des Affaires Étrangères (effective dès à présent) parce que je ne saurais, en bonne conscience, soutenir les projets de guerre du président Bush contre l’Irak.
Le président a échoué à expliquer clairement pourquoi nos valeureux soldats, hommes et femmes, devraient être actuellement prêts à sacrifier leur vie dans une guerre contre l’Irak ; à mettre en évidence toutes les implications de cette guerre, incluant notamment l’ampleur des victimes civiles innocentes ; à indiquer les coûts économiques de cette guerre pour les Américains ordinaires ; à clarifier comment la guerre pourrait débarrasser le monde du terrorisme ; à prendre en considération sérieusement l’opinion publique internationale contre la guerre.
Partout à travers le globe, les États-Unis sont en voie d’être associés à l’usage injustifié de la force. La négligence du président envers les opinions des autres nations, confirmée par son mépris de la diplomatie, est en train de donner naissance à un siècle anti-américain.
J’avais rejoint le ministère des Affaires étrangères parce que j’aime notre pays. Avec tout mon respect, Monsieur le secrétaire d’État, je mets un terme à cette vocation, avec le cœur lourd, mais pour les mêmes raisons pour lesquelles j’avais embrassé cette carrière. Sincèrement,
John H. Brown, Officier du service diplomatique ».
Je me demande si nos inconditionnels de Bush-la-gâchette vont accuser l’officier Brown d’antiaméricanisme.
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