Lance Pierre - dimanche 06 novembre 2005
Il y a toujours eu dans notre pays un "parti de l’étranger", qui réserve ses admirations à quelque grande puissance extérieure parée de toutes les vertus. Ce fut jadis la tribu des Eduens, grande amie des Romains et de Jules César, qui ne se rallia à Vercingétorix que dans le but de saboter sa guerre de résistance, et qui y parvint. Ce furent plus tard les Bourguignons, qui s’allièrent aux Anglais contre Jeanne d’Arc et le Roi de France. (Comme par hasard, la Bourgogne coïncide approximativement à l’ancien territoire des Eduens.) Plus près de nous, il y eut les fidèles de Philippe Pétain, qui collaborèrent avec l’occupant nazi au nom d’une révolution prétendue "nationale". Au même moment, un second "parti de l’étranger" était composé des communistes inféodés à Moscou, qui n’entrèrent dans la Résistance qu’après la rupture du pacte germano-soviétique et sur ordre de Staline. Après la guerre, ces mêmes communistes ne cessèrent de soutenir aveuglément l’impérialisme de l’URSS. Ces "partis de l’étranger"ont un point commun : leurs membres, quoique toujours prêts à ouvrir les frontières de leur pays à la grande puissance qui les fascine, ou tout au moins à lui subordonner la politique nationale, se targuent de donner à tout le monde des leçons de nationalité et se proclament plus patriotes que quiconque. Je me demande d’ailleurs s’ils ne sont pas responsables d’une certaine défaveur subie par le mot "patriote" dans la France moderne, défaveur illustrant assez bien ce constat du plus grand des psychologues, Friedrich Nietzsche, qui disait excellemment : "Ce qui vous retient parfois de dire la vérité, c’est qu’elle ressemble trop au mensonge des autres." Oui, je crois que si beaucoup de Français hésitent à se dire patriotes, alors qu’ils le sont réellement, c’est que le patriotisme déclamatoire et fallacieux des partisans de l’étranger les en dégoûte.
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Quel est aujourd’hui le "parti de l’étranger" ? Il est aussi visible que le nez au milieu de la figure, car il se compose de ceux qui chantent à tous échos les louanges de George "Deubleiou" Bush et qui rêvent de voir la France prendre ses ordres à Washington. Ils n’ont pas de mots assez durs pour flétrir leur propre pays, ni de mots assez fleuris pour encenser la nouvelle Rome d’Outre-Atlantique, qui prétend régenter le monde entier à sa guise. Ces mercenaires politiques, qui ont les pieds ici et la tête ailleurs, font parfois illusion, car on ne saurait contester que les Etats-Unis sont souvent admirables et la France souvent critiquable. Mais les membres du "parti de l’étranger" se démasquent par le systématisme inconditionnel de leurs prises de position. Surtout, ils ne tolèrent aucune critique, si justifiée soit-elle, envers le "grand pays frère" qui a capté leur dévotion. Et pour fustiger les esprits lucides qui s’efforcent de juger librement, ils ont inventé le terme "antiaméricanisme", projetant ainsi sur autrui, en l’inversant, leur propre parti pris. Ce n’était que ridicule, mais voilà qu’ils viennent de franchir les dernières bornes de l’indécence en inventant le terme de "turcophobie", pour dénigrer les Européens qui ne veulent pas que leur magnifique civilisation devienne un fourre-tout ouvert à tous les vents. Et pourquoi ce dénigrement des patriotes européens ? Tout bonnement parce que M. Bush, expert en stratégie de supermarché, a décrété que la Turquie devait être européenne, à croire qu’il fait avec Jacques Chirac un concours d’inepties. L’Europe est aujourd’hui menacée d’invasion. Ses frontières trouées n’arrêtent plus personne. Le beau roman de Jean Raspail, "Le Camp des Saints" (1973) se révèle prophétique. Des hordes de pauvres hères se jettent sur des barbelés pour tenter d’entrer en Espagne. D’autres risquent la noyade sur des rafiots pour gagner l’Italie ou bravent la congélation dans les soutes des avions. La ville de Calais est parsemée de migrants faméliques visant l’Angleterre. Les "clients" des restos du coeur sont pour 20 % au moins des clandestins. Les ministres européens des Affaires étrangères se concertent en urgence pour tenter de freiner la déferlante. Mais George le nigaud et Jacques l’ahuri n’ont d’autre idée en tête que de vouloir faire entrer d’un seul coup en Europe 70 millions de Turcs musulmans ! Et si je crie "Au fou !", on va me traiter d’antiaméricain et de turcophobe ? Foutaise ! Les Européens ne se laisseront pas prendre au petit jeu des "collabos" nouvelle manière. La Turquie est un beau pays à visiter, mais elle est hors d’Europe et elle y restera.
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