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Le phénomène Bayrou


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Lance Pierre - mercredi 14 mars 2007

bayrou, elections-presidentielles
À l’heure où j’écris ces lignes, les trois premiers présidentiables sont au coude à coude dans les sondages. Nicolas Sarkozy : 26 %, Ségolène Royal : 25 %, François Bayrou : 24 %.

La formidable envolée de François Bayrou sème la panique dans les états-majors UMPS, car le « troisième homme » a des chances de mettre au tapis les deux candidats de la droigauche, qui étaient persuadés que tout allait se passer dans leur face-à-face. Or, la donne a changé. Dimanche 11 mars, Corinne Lepage, la plus sérieuse tête de file des mouvements écologistes, a renoncé à sa candidature pour apporter son soutien à François Bayrou. Le soir même, Jacques Chirac s’est adressé aux Français pour leur dire qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat, mais il n’a pas dit un mot quant à son éventuel successeur. Certes, ce moment un peu solennel n’était pas propice à l’annonce d’un soutien à quiconque. Dans les semaines qui viennent, Jacques Chirac soutiendra peut-être Nicolas Sarkozy… mais à peu près comme la corde soutient le pendu.

Valéry Giscard d’Estaing avait affirmé un jour : « Les Français veulent être gouvernés au centre ». Je crois que c’était vrai, et que ce l’est aujourd’hui plus que jamais. Disons plutôt qu’ils veulent être gouvernés au centre droit. Et cela depuis très longtemps. Ce centre droit fut incarné autrefois par le parti radical, qui parvenait à être à la fois progressiste et conservateur (ce qui correspond exactement à ce qu’est le Français moyen), et qui régna longtemps sur la vie politique française, avec son aile gauche radicale-socialiste. Mais souvent contraint de s’allier aux socialistes, du fait de l’impuissance institutionnelle de la iiie République, il fut laminé par la défaite de 1940, dont il était en partie responsable, et après laquelle il se « réincarna », si j’ose dire, dans le parti gaulliste, dont la base fut constituée surtout d’anciens électeurs radicaux.
Quant au parti radical officiel, réduit à l’état de formation minoritaire assise entre deux chaises, il se scinda finalement en deux morceaux, radicaux de droite et radicaux de gauche, réduits au rôle de comparses. La ve République, si elle apporta les avantages considérables de la stabilité gouvernementale et d’un Président élu par le peuple, accentua très fortement le clivage gauche-droite et enferma la France dans la balançoire de l’alternance, qui a conduit notre nation à tirer à hue et à dia et a fini par décevoir presque tous nos concitoyens.

Dans ce contexte, je crois que le succès de François Bayrou s’explique aisément. Son discours « ni gauche ni droite », même s’il est en grande partie illusoire, rallie les déçus des deux côtés et introduit dans cette élection un ton nouveau qui séduit certainement les électeurs jeunes, non fixés idéologiquement. Et bien que le Président de l’UDF ne soit pas vraiment un homme nouveau, sa position de « non aligné » lui refait une virginité et provoque une espérance porteuse. Car dans l’électorat, fatigué des lâchetés de la gauche et des mollesses de la droite, flotte depuis longtemps le désir de pouvoir « essayer autre chose », et pourquoi pas une « troisième voie » ? Ce sentiment avait jusqu’ici favorisé Jean-Marie Le Pen, mais les côtés inquiétants - fondés ou non - de sa personnalité comme de son idéologie, le vouaient à frôler la réussite sans l’atteindre.
Bayrou est beaucoup plus rassurant, tout en semblant sérieux et déterminé. De plus, il fait très « Français », et cela compte. Car ses deux principaux concurrents ont des handicaps. Nicolas Sarkozy, quelles que soient ses qualités et son énergie, est fils d’immigrés hongrois. Cela peut porter à croire qu’il n’a pas la fibre assez « nationale », ce que d’ailleurs certaines de ses déclarations semblent confirmer. Quant à Ségolène Royal, outre un nom d’opérette et une voix mal placée, c’est une femme, et rien ne prouve que les Français (et même les Françaises) soient prêts à mettre une femme à la tête de l’État. (Les caciques socialistes eux-mêmes n’y étaient pas prêts du tout !)
Bref, François Bayrou donne à des électeurs de plus en plus nombreux l’impression qu’avec lui, ils vont peut-être pouvoir changer les habitudes politiques sans prendre trop de risques. Pouvoir être audacieux sans être téméraire ; que demande le peuple ?

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En bref
TF1
Bien que François Bayrou ait souvent reproché à TF1 de favoriser Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, il a été accueilli par ses dirigeants en personnes - Patrick Le Lay et Étienne Mougeotte - à « J’ai une question à vous poser », le 26 février.

Medias
France 2 > Dans la soirée du 6 mars, la fiction « Chez Maupassant », adaptée de l’œuvre de cet auteur, fut en tête des audiences : 8 409 000 téléspectateurs en moyenne - 31,6 % de part d’audience -, performance rare pour une œuvre tirée de la littérature classique.

France 3 > Paul Nahon, directeur de l’info de France 3, a réceptionné une pétition comportant 10 000 signatures. C’est un « Appel » - lancé par trois grands reporters de France Télévision - à l’égalité des temps de parole entre les candidats à la présidentielle, et à l’organisation de débats contradictoires entre eux, contrairement à la formule de « Français, votez pour moi » sur FR3, ou de « J’ai une question à vous poser » sur TF1.

Canal Plus > Le bilan du Groupe Canal Plus - hors coûts de transition liés au rapprochement avec le bouquet satellitaire TPS - a fortement progressé en 2006 : + 21,8%.

« Le Monde » > Jean-Marie Colombani brigue un nouveau mandat à la tête du « Monde ». Les ventes de celui-ci ont diminué de 2,66 % en 2006.

« Libération » > En 2006, les ventes de « Libé » ont diminué de 7,08 %.

« La Tribune » > Les ventes de « La Tribune » ont diminué de 3,85 % en 2006.

Choc > Pierre Lescure, ex-PDG de Canal Plus, est devenu le conseiller du magazine people « Choc », hebdomadaire depuis le 15 février dernier.




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