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Le piège de la démocratie directe |
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Audabram Pierre - mercredi 13 juillet 2011
2012
Il ne se passe guère de semaine, depuis la très médiatique votation suisse contre les minarets, sans qu’un homme de droite n’y aille de son couplet sur la démocratie directe.
J’avoue être un des premiers à avoir rêvé d’elle !
Comme on le sait bien, l’amour rend aveugle… Mais, passé le cap de la griserie, l’analyse reprend ses droits ! Ce phénomène de mode est un remède qui pourrait bien se révéler pire que le mal.
Prenons l’exemple du peuple japonais qui vient de nous rappeler à quel point il est digne, uni dans la douleur, efficace, réservé, héroïque et, par là même, extraordinairement fort. Ce grand pays, à la démocratie imposée par la communauté internationale et acceptée par pragmatisme, n’a fait, depuis 1945, que jouer le jeu pour plaire à ses nouveaux « alliés », se gardant bien d’abandonner sa tradition toujours vivace. L’immigration y étant pratiquement inexistante, on peut se demander ce que la démocratie directe pourrait bien lui apporter. Il n’en a vraiment pas besoin !
Pour les Suisses, le problème est différent : sans atteindre la remarquable homogénéité du peuple japonais, ils ne sont pas trop loin derrière.
Le bon sens alpestre de sa population a su tenir la Suisse éloignée des méfaits de la mondialisation, tout en n’en retenant que les aspects répondant le mieux à ses intérêts. C’est dire à quel point les Suisses ont su remarquablement adapter leur système démocratique aux circonstances !
Quant à nous, Français, experts en gesticulations de toutes sortes, voulant tout et son contraire, rongés jusqu’à la moelle par le virus de la lutte des classes, virus habilement transmis, après savante mutation, à l’ensemble de notre « diversité », il faut craindre que, chez nous, l’usage de la démocratie directe équivaille au jeu de la roulette russe…
Expliquant les échecs de Giscard et de Chirac, l’un en 1981 pour avoir joué trop au centre, l’autre en 1988 pour avoir refusé toute alliance avec le Front National, alors que tous deux étaient convaincus qu’ils pouvaient s’appuyer sur une large majorité de droite, Hannibal, dans sa chronique du 8 avril 2011 de Rivarol fait un constat pour le moins troublant.
Il voit dans ces élections un reflux déjà engagé à ces époques (et bien aggravé depuis) : « Le changement de population commence à porter nettement ses effets en termes électoraux et, parmi les Français de souche, le matraquage des médias et de l’Éducation nationale a suffisamment modifié les esprits pour que le réflexe identitaire demeure minoritaire. On doit en conclure qu’il n’y a plus de solution électorale possible au problème : la République a donc définitivement échoué à représenter les intérêts du peuple français ou, tout dépend du point de vue qu’on adopte, définitivement réussi à les compromettre ; et le sursaut éventuel ne pourra prendre d’autre forme que celle, violente, d’une guerre “civile” ».
La victoire de Nicolas Sarkozy aux présidentielles de 2007 ne saurait contredire la remarquable analyse d’Hannibal.
On sait trop bien que cette candidature, très longuement préparée, correspondait parfaitement aux besoins de cette hyper-classe atlantiste que définit très clairement Franck Biancheri dans son livre « Crise mondiale, en route pour le monde d’après ».
Les gros médias, tant européens que d’outre-Atlantique, ayant répondu « présent » avec leurs armes lourdes, plus le hold-up opéré sur les voix de l’électorat frontiste, ont conduit à une victoire du « système » parfaitement arrangée, illustrant l’avènement d’un nouveau type d’échéance électorale au résultat imposé d’avance – le précédent du 21 avril 2002 restant probablement le dernier vestige d’élections « presque libres », à « l’ancienne », où l’histoire pouvait encore se permettre de bégayer.
Marine Le Pen, qui s’y voit déjà, et que ce même Franck Biancheri, par ailleurs président du parti transeuropéen « Newropeans », persiste à donner gagnante au second tour en 2012, s’adonne sans vergogne à son nettoyage de printemps, dans le souci de plaire aux cercles de pouvoir et aux médias dominants, se transformant ainsi, je le crains, en une énième candidate du système – ce qui équivaut à restreindre significativement la liberté d’action électorale de la vraie droite.
Pour toutes ces raisons, et quel que soit l’usage que l’on souhaite faire de la démocratie directe, je crains qu’elle ne soit pas autre chose qu’un piège tendu par l’établissement.
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SIC
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