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Le piège européen


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Menou Pierre - lundi 20 juin 2011

dette
Lu dans la presse

« L’effondrement de la Grèce menace toute l’Europe »
, titrait Le Figaro du 16 juin. « Le pays au bord de l’implosion », annonçait le même jour le journal gratuit Direct matin. Et les images retransmises par les télévisions ou les photos publiées dans la presse montraient les mêmes scènes d’affrontements violents entre manifestants et policiers. Un mois plus tôt, l’Eurogroupe avait porté à la tête de la Banque Centrale Européenne Mario Draghi, ancien vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs…

La situation du pays, décrite par Direct-Matin, est chaotique, pour ne pas dire pré-révolutionnaire : « Le Premier ministre Georges Papandréou a dû annoncer qu’il procèderait au remaniement de son gouvernement avant de demander la confiance du Parlement. Mais en dépit de la colère de la rue, l’objectif reste bien de réaliser 28,4 milliards d’euros d’économies d’ici à 2015. Malgré le prêt de 110 milliards d’euros sur trois ans accordé en 2010 par l’UE et le FMI et un premier plan de rigueur, la Grèce n’arrive pas à financer sa dette de 350 milliards d’euros (plus de 150 % du PIB). Parmi les mesures envisagées, des privatisations, ou encore une hausse de la TVA. Le nombre de fonctionnaires (750 000) pourrait être réduit d’un cinquième. Un surcroît de pression pour ce pays qui a déjà vu le chômage grimper à 16 %. »

Aussi douloureux qu’il ait été, le premier plan de rigueur n’a pas suffi et « le pays doit plonger un peu plus profondément dans l’austérité », écrit Arnaud Rodier dans Le Figaro- économie du 17 juin. « Ecrasé par une dette publique de 350 milliards d’euros, Athènes n’a pas d’autre solution que de faire à nouveau appel à ses voisins européens. Mais pour obtenir leur aide, il va devoir donner un nouveau tour de vis à l’économie d’un pays déjà étranglé. (…) Le Premier ministre avait pourtant frappé fort en annonçant l’an dernier gel des salaires, diminutions des retraites et privatisations à tout va. Malheureusement, cela ne suffira pas. »

Le recours aux privatisations passe mal auprès de la population. Et pour cause ! « Passe encore quand c’est le Chinois Cosco qui s’empare des quais du Pirée. Mais quand on parle de vendre des îles, la fibre nationale se réveille. » Parbleu ! Que diraient les Français si, pour payer la dette publique, on vendait à l’étranger le Mont Saint-Michel ?

« La course contre la montre pour sauver la Grèce d’une banqueroute prend des allures de marathon s’effectuant au rythme d’un sprint », écrit Cyrille Lachèvre dans Le Figaro- économie du 16 juin. Echec de la réunion exceptionnelle des ministres des Finances de la zone euro, hier à Bruxelles ; grève générale à Athènes ; proposition de démission du gouvernement Papandréou ; nouveau coup de semonce des agences de notation contre les banques françaises et grecques… »


Une homme de Goldman Sachs à la BCE

En effet, l’agence Moody’s a mis sous surveillance BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit agricole et menace de baisser leur note « en raison de leur exposition au risque grec », confirme, toujours dans Le Figaro, Isabelle Chaperon. Résultat, « les cours de Bourse des trois banques ont chuté d’environ 2,5 % chacun. Le gouvernement a même cherché à calmer le jeu. » Le ministre du Budget, François Baroin, a affirmé ne pas s’inquiéter : « Les banques françaises sont parmi les banques les mieux notées, les plus solides, elles ont résisté à tous les tests internationaux. » Ce n’est apparemment pas l’avis des toutes puissantes agences de notation, dont le grand public ne connaissait même pas l’existence avant la crise et dont il découvre aujourd’hui qu’elles régentent à leur guise la vie des peuples. Avant les menaces de Moody’s, Standard & Poor’s avait effectivement baissé, au mois de mai, la note du Crédit agricole.

Pourquoi les banques françaises ? A cause de leur exposition à la crise grecque. « Si la Grèce n’honore pas ses engagements, explique Isabelle Chaperon, les banques françaises auraient à en souffrir de deux manières, sans même compter l’effet contagion. Directement, tout d’abord, à travers leurs portefeuilles de dettes souveraines. Indirectement, à travers leurs filiales en Grèce. »

A propos de banques, Le Figaro du 16 juin, rapportait dans un petit encadré que les banques espagnoles ont emprunté en mai 53 milliards d’euros à la Banque Centrale Européenne, illustrant « les difficultés des banques à se refinancer sur les marchés. » En outre, « Inquiets des perspectives économiques locales, les investisseurs internationaux réclament des taux d’intérêt élevés à Madrid. » De quoi rappeler que la Grèce n’est pas le seul pays européen en difficulté.

Face à la situation grecque, les Européens – ou plutôt les Allemands d’un côté, les Français et la BCE de l’autre – apparaissaient divisés la semaine dernière. Il semblerait qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy aient trouvé un accord vendredi. Jusqu’à quand ?

Par ailleurs l’Eurogroupe – autrement dit les ministres des Finances des pays de la zone euro – a effectué au mois de mai un choix des plus symboliques en désignant Mario Draghi pour succéder à Jean-Claude Trichet (lui-même naguère impliqué dans l’affaire du Crédit lyonnais) à la tête de la Banque Centrale Européenne.  Draghi était vice-président de Goldman Sachs International à l’époque où cette  toute-puissante banque d’affaires aurait aidé la Grèce à maquiller sa dette. Si ce choix n’est pas une provocation, ça y ressemble.


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