Trémeau Bernard - dimanche 19 juin 2005
Le premier ministre a annoncé les mesures qu’il compte prendre pour lutter contre le chômage. Nous en retiendrons d’abord deux que l’on pourrait qualifier de libérales.
– Créer un nouveau contrat d’embauche valable uniquement pour les entreprises de moins de dix salariés (elles sont plus d’un million en France). Le contrat dure deux ans au maximum et, pendant cette période, les frais de licenciement sont pratiquement supprimés...
– Supprimer les charges sociales de ceux qui sont embauchés au SMIC. Ce qui réduira de façon importante le coût du SMIC pour l’entreprise, en augmentant les impôts des Français…
Ces deux mesures tiennent enfin compte de la réalité économique. Ce sont, en effet, les employeurs qui créent les emplois et ce sont les employeurs qui payent les charges sociales. Dans une économie rongée par le chômage, donc avec une clientèle potentielle qui se réduit, les employeurs de petites entreprises n’ont pas les moyens financiers de payer des indemnités de licenciement élevées ou des charges sociales. Grâce à ces deux mesures, ils hésiteront moins à embaucher.
Le Premier ministre nous a aussi annoncé l’ouverture de grands travaux d’équipement pour la France. On se croirait revenu aux USA il y a 80 ans, du temps de Roosevelt et de son New Deal… Comme les caisses de la France sont plus que vides, le financement de ces travaux sera réalisé par la vente d’une partie du patrimoine national. Cette magnifique mesure keynesienne crée des emplois, c’est évident. Mais les capitaux privés qui achètent des entreprises nationalisées n’investissent plus dans des entreprises privées. Les emplois créés ici seront compensés par les emplois perdus là. Avec le transit par les caisses de l’État, le bilan risque d’être négatif…
Un grand absent dans le plan de lutte contre le chômage que présente notre Premier ministre est la reprise… Sans reprise, quelles que soient les mesures décidées, le chômage augmente.
Sans reprise, pas de baisse du chômage!
Sans augmentation du pouvoir d’achat de la population, pas d’augmentation possible du nombre des clients d’une petite entreprise. Sans nouveaux clients, pas de désir d’embauche. Il faut qu’une augmentation du pouvoir d’achat de la population accompagne les mesures prises.
Villepin a eu la sagesse de ne pas proposer, comme Hollande, une augmentation des salaires (un nouveau Grenelle même, selon le premier secrétaire du parti socialiste).
Une augmentation des salaires n’augmente pas d’un centime le pouvoir d’achat global d’un pays. Ce que perçoivent les salariés en plus, les entreprises l’ont en moins. La demande augmente, alors que les capacités de l’offre diminuent. La situation devient inflationniste et la France étant dans la zone euro, une dévaluation compétitive n’est plus possible. De plus, avec les chaussettes chinoises ou les transporteurs routiers polonais qui envahissent déjà le marché français, une augmentation des salaires en France mettrait immédiatement au chômage des centaines de milliers de Français. L’augmentation de salaire serait aujourd’hui une catastrophe sur le plan économique et social.
La seule façon d’augmenter le pouvoir d’achat d’une population est de mettre sur le marché de la monnaie nouvelle dont la valeur n’est pas détruite par l’inflation. Et, aujourd’hui, ce n’est plus la France qui décide de sa création monétaire, mais c’est la Banque Centrale Européenne (la BCE).
Sous l’influence de son ministre des Finances, notre Premier ministre n’a pas commis la même erreur que les responsables allemands ou italiens. Il n’a pas demandé à la BCE de créer plus de monnaie, car dans les circonstances actuelles, l’inflation détruirait sa valeur. Bravo!
Sans reprise économique, le plan de notre Premier ministre ne peut pas réussir. Pour obtenir une reprise, il doit dans un premier temps et volontairement supprimer toutes les contraintes inflationnistes qui pèsent sur notre économie. Il peut alors, dans un deuxième temps, demander à la BCE de créer plus de monnaie : l’inflation ne détruira plus sa valeur. La reprise suivra.
Dominique de Villepin a de la volonté, il en faut beaucoup pour réaliser un tel plan…
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