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Le pluralisme à la française : Un oligopole médiatique


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Dumait Alain - dimanche 28 novembre 2004


Le pluralisme est de ces mots qui suscitent plutôt l’adhésion que le désaccord. Êtes-vous pour ou contre le pluralisme ? Celui qui affirmerait clairement une opinion du second type risquerait fort de se faire étriper. Il faut remonter aux marxistes-léninistes, accidentellement disparus il y a 15 ans, pour retrouver des partisans déclarés et officiels de la pensée unique…
Donc, nous sommes tous pour le pluralisme. Et ce n’est pas à la rédaction des 4 Vérités-Hebdo, avec des cocos comme Pierre Lance et Guy Millière, que nous dirons le contraire !
On remarquera néanmoins que le mot, sous sa forme adjective, est souvent associé à celui de démocratie. On parle de « démocratie pluraliste », comme s’il pouvait exister une autre démocratie, non-pluraliste, de type « démocratie populaire » sans doute… Comme si le pluralisme n’était qu’un supplément, plus formel qu’essentiel…
On parle aussi de « pluralisme syndical ». Pour justifier le monopole de la représentativité accordé à une poignée d’organisations… On parle encore de « pluralisme culturel », pour justifier une pluie de subventions à toutes sortes d’artistes attachés à une idéologie totalitaire, tournant le dos à l’essence même du pluralisme…
Aussi, quand Jean-Pierre Raffarin, le dimanche 14 novembre, devant le 105e congrès du Parti Radical, a cru devoir se lancer dans une longue défense du pluralisme, en dénonçant des concentrations excessives dans le secteur des médias, on se demande où le Premier Ministre veut en venir.
En est-il enfin arrivé à la conclusion qu’une partie importante de l’opinion publique française n’est plus représentée dans les médias ? Que toutes sortes de points de vue, éloignés des conformismes standardisés, ne trouvent à s’exprimer que dans des supports confidentiels et quasiment clandestins ? Quel journal vendu et affiché en kiosque, quelle émission de télévision diffusée à une heure de grande écoute, donne la parole aux conservateurs de ce pays, aux traditionalistes, aux libertariens, aux royalistes ou tout simplement aux nationalistes, toutes catégories de citoyens qui représentent au total, sans doute, une majorité absolue ?
On se demande d’autant plus ce que le Premier Ministre pouvait avoir en tête que, depuis 30 ans, on a vu les pouvoirs publics agir concrètement, non pour favoriser le pluralisme, mais pour le réduire. Car ce n’est pas un hasard si la France est le seul pays développé au monde où les grands médias sont tous, sauf quelques exceptions (« Le Parisien », RTL, NRJ, Les Quatre Vérités…) la propriété de grands groupes industriels et commerciaux, pour lesquels la liberté d’expression passe après leurs bonnes relations avec l’establishment public.
Jean-Pierre Raffarin annonçait-il un miraculeux changement de cap ? Seuls quelques esprits naïfs pouvaient le croire. Sous Chirac, le pluralisme fait partie de ces mots dont le sens est systématiquement détourné par nos dirigeants. Ce que Jean-Pierre Raffarin avait en tête, et dont il avait réservé la primeur à ses amis radicaux (le parti de son père) était explicité à « la une » du quotidien communiste « L’Humanité » du mardi suivant : la défense du pluralisme, c’est le doublement des aides publiques au journal officiel du PCF !
Lorsqu’une aide publique aux journaux d’opinion « à faible ressource publicitaire » a été mise en place, trois journaux en bénéficiaient : « L’Huma », « La Croix » et « Présent ». Rapidement, « Présent » en fut exclu sous un prétexte fallacieux, et la manne publique fut réservée à « La Croix » et « L’Huma ». Le projet de Jean-Pierre Raffarin est donc tout simplement de remettre le couvert, pour les mêmes, au nom du pluralisme, qu’on évoque d’autant plus fort qu’on est bien décidé à s’en tenir éloigné. Comme souvent, dire la chose dispense de la faire…
Un autre journal va mal : le représentant officiel de la pensée conforme, « Le Monde », va perdre 35 millions d’euros en 2004. Or son patron, l’ancien journaliste politique Jean-Marie Colombani, a cru pouvoir déclarer qu’il n’avait pas l’intention de faire appel à ses actionnaires. Il sait maintenant qu’il peut compter sur Jean-Pierre Raffarin.
Quand un journal accepte d’être subventionné, il est déjà compromis. Il n’est plus libre. Ses lecteurs s’en vont. Pluralisme et aides publiques sont parfaitement antinomiques !

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