Thieulloy (de) Guillaume - mardi 16 décembre 2008
racisme
Le Tout-Paris médiatique ne bruisse que de cela. La peste brune est de retour. Les heures les plus sombres de notre histoire… Et toute cette sorte de choses qui, à force d’être galvaudées, ont perdu toute signification.
Le problème ? Il est effrayant : le chroniqueur Éric Zemmour a déclaré sur Arte, dans l’émission « Paris Berlin » (sic !) du 13 novembre : « Les races existent bien sûr. » Diable ! Puisque l’on parle de race, c’est que le racisme n’est pas loin, se sont probablement dit les esprits pavloviens de la police de la pensée.
Et, naturellement, Éric Zemmour est devenu sur-le-champ le Dr Rosenberg des temps nouveaux, le maître à penser du national-socialisme du XXIe siècle.
Tout ceci est bel et bon, mais on peut se demander tout de même si les ligues de vertu du « politiquement correct » n’ont pas un peu « sur-réagi » comme on dit maintenant. Car, enfin, c’est quoi au juste une race ?
Il me semble que tout ceci relève plus ou moins de la convention de langage. Jusqu’à une date récente, tout le monde parlait de la race blanche, de la race noire, de la race jaune… Aujourd’hui, la mode semble plutôt à la distinction des différentes ethnies. Mais en quoi parler de race noire, par exemple, empêcherait-il de savoir qu’il existe à l’intérieur de cette « race » une ethnie hutue et une ethnie tutsie ? Et en quoi parler de race noire et de race blanche empêcherait-il de considérer que l’une et l’autre appartiennent à un ensemble plus vaste, l’humanité ?
Le racisme, ce n’est évidemment pas le fait de parler de race. C’est le fait de considérer, par exemple, que la génétique impose que la « race noire » soit inférieure par essence à la « race blanche ». Si parler de race était en soi du racisme, il serait urgent de changer la Déclaration universelle des droits de l’homme (pourtant écrite pour empêcher le retour du nazisme et donc de la version la plus criminelle du racisme). L’article 2 de cette déclaration signale en effet malencontreusement : « Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. »
Il est donc clair que l’on peut parler de race sans être raciste.
J’ajoute qu’il faudrait tout de même des preuves un peu plus solides pour citer Zemmour à comparaître devant le tribunal de Nuremberg. Je ne le connais pas personnellement, mais d’après ce que j’en sais, il est d’origine juive et kabyle. Bien sûr, il a existé des Juifs nazis, mais enfin, comme dirait Gabin, c’est comme les poissons volants ; ce n’est pas la loi du genre ! Personnellement, je ne vois aucun inconvénient à abandonner le mot « race » s’il effraie trop les âmes sensibles de la presse parisienne. Encore faudrait-il qu’on ait un équivalent.
Mais je soupçonne que le vrai problème pour les vierges effarouchées du politiquement correct ne soit en aucune façon le mot « race » lui-même, mais plutôt l’autre chef d’accusation du procès Zemmour : l’idée d’une hiérarchie des cultures.
Voici la transcription des paroles d’Éric Zemmour sur le sujet : « Moi je crains que, comme aujourd’hui on a supprimé cette hiérarchie, comme aujourd’hui on estime que toutes les cultures se valent, qu’on est un mélange de différentes cultures égales, et que ça, c’est ça qui nous mènera au multiculturalisme et donc à l’affrontement des cultures et donc des communautés. » (Je précise que ce n’est pas une transcription édulcorée, mais celle qu’on trouve sur les sites desdites vierges effarouchées !)
Eh bien ! au risque de choquer le bon goût, il me semble que cette déclaration de Zemmour devrait être parfaitement banale. Contestée autant qu’on voudra, par qui voudra. Mais néanmoins banale. Il n’y a qu’en France, qu’il est interdit de dire que l’on préfère la culture française à la culture de la Nouvelle-Guinée. Partout ailleurs, des intellectuels de premier plan assument sans difficulté l’idée que le XIIIe siècle européen ou le XVIIe siècle français ont été des sommets de la civilisation humaine. Cela n’empêche nullement d’apprécier l’art japonais ou l’architecture mauresque espagnole.
Mais, l’impératif de penser que « toutes les cultures se valent » pose surtout un énorme problème politique. On ne sait plus à quoi intégrer les populations immigrées que l’on a fait venir en France. On n’ose plus leur présenter la grandeur de la France. Il ne faut pas s’étonner si elles crachent sur notre culture et sur notre pays…
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