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Le prix du pétrole menace la croissance mondiale


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Artur du Plessis Laurent - jeudi 12 juillet 2007

petrole, iran, irak
Le commerce du pétrole - « l’or noir » - est le plus important de la planète en valeur et en volume. Un emballement de ses prix minerait la croissance mondiale. Vendredi dernier, le baril de Brent a fortement progressé sur les marchés mondiaux, cotant 76 dollars, près de son plus haut historique de 78,65 dollars atteint, sous l’effet de la crise nucléaire iranienne, il y a un an.

Ça pourrait empirer cet été. À cause de la diminution des stocks d’essence aux États-Unis, dont le niveau est inférieur de 4,2 % à celui de l’an dernier à la même époque. La semaine dernière, les raffineries américaines tournaient à 90,2 % de leurs capacités, au lieu des 95 % souhaitables. Et la saison des ouragans, qui menacent chaque année les installations pétrolières du golfe du Mexique, a tout juste commencé. S’ajoutent les migrations estivales, qui hissent la demande à son pic annuel.

Autre facteur de renchérissement : le regain de violence au Nigeria - premier producteur d’or noir en Afrique - visant l’industrie pétrolière. La semaine dernière, une fillette britannique de trois ans, et cinq expatriés employés par une société forant pour le compte de Shell, ont été enlevés.

Selon l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), le Nigeria a produit à peine plus de deux millions de barils/jour en mai, son plus bas niveau depuis début 2003. Les troubles ont réduit de presque un quart sa production. L’impact sur le marché du pétrole laisse imaginer ce que seront les conséquences d’un embrasement du Moyen Orient, que l’Iran rend de plus en plus probable et même imminent…

Une tendance « lourde » gonfle les prix des hydrocarbures : la demande est dopée par la croissance économique mondiale, dont celle de la Chine et de l’Inde. Et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ignore les appels des pays consommateurs à augmenter sa production, qu’elle a réduite début 2007 pour contrer la baisse des prix.

La fonte des stocks mondiaux de brut expose les pays consommateurs à une pénurie au troisième trimestre.

Les énergies nouvelles - panneaux solaires, éoliennes, biocarburants, moteur à hydrogène… - fascinent. Mais elles sont loin de remplacer les hydrocarbures. Et le nucléaire fait peur. Se pose la question du « pic pétrolier » : le point où la moitié d’un champ pétrolifère reste à extraire. Après le pic, chaque baril supplémentaire exige l’injection de plus de gaz ou d’eau dans la poche - donc d’énergie - pour maintenir la pression nécessaire à son extraction. Chaque fois qu’un champ de pétrole dépasse son pic, les coûts d’extraction explosent.

Malgré la découverte de nouveaux gisements, la perspective d’un « pic pétrolier mondial » se rapproche dangereusement.

L’Irak, l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Koweït et les Émirats (notamment le Qatar) forment un triangle constituant une formation géologique unique, qui représente 65 % ou plus des réserves mondiales de pétrole. Les plus importantes de ces réserves sont en Irak et en Iran… C’est pourquoi les États-Unis ont investi militairement le Moyen Orient.

Après la guerre d’Irak, des bases américaines sont apparues en Asie centrale, riche en hydrocarbures, et en Afghanistan, voie de passage possible d’un oléoduc. Washington étend son influence dans le Caucase, où passent des pipe-lines. Et en Afrique, qui recèle des hydrocarbures.

Les États-Unis veulent verrouiller un maximum de sources de pétrole et de gaz, pour contrôler l’approvisionnement des rivaux, dont la Chine, elle aussi très entreprenante.

Les grands pays producteurs d’hydrocarbures pèsent lourd financièrement.
Vers 1998, la Russie était proche de la cessation de paiement. Grâce à la hausse du prix des hydrocarbures, elle a remboursé sa dette et détient la troisième réserve de devises au monde.

Lorsque, en 1971, le président Nixon a supprimé la convertibilité du dollar en or, il a obtenu de l’OPEP qu’elle continue à faire payer le pétrole qu’elle vend en billets verts, pour conserver une base à ce dernier et, ainsi, pérenniser sa fonction de monnaie de réserve. L’OPEP se dédommagea de la dévaluation consécutive du dollar par les chocs pétroliers de 1973 et 1979, qui eurent une contrepartie positive pour les États- Unis : la hausse des prix du pétrole augmenta la demande de l’OPEP en dollars, renforçant son rôle de monnaie de réserve.

Désormais, le Venezuela et les Émirats Arabes Unis disent souhaiter coter leurs ventes de pétrole en euros. Et la facturation des exportations de pétrole iranien en euros est déjà possible - mais pas obligatoire. Sujet brûlant : une multiplication des pétro-euros menacerait la suprématie du dollar…

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