Sadot Philippe - mercredi 26 juillet 2006
Le 17 mars dernier, une recommandation du Conseil de l’Europe, passée totalement inaperçue, met en évidence le sectarisme et la partialité du monde politique européen, ainsi que son empiétement sur l’Histoire de ses membres, dont font partie la France et l’Espagne.
Parmi ses huit recommandations, la première «…condamne avec fermeté les multiples et graves violations des droits de l’homme commises en Espagne par le régime franquiste de 1939 à 1975 ». Elle espère «…une déclaration officielle condamnant le régime franquiste au niveau international », et que le 18 juillet 2006 soit déclaré « journée officielle de condamnation du régime de Franco », puisqu’il marquera le 70e anniversaire « du début de la guerre civile en Espagne et du renversement du gouvernement par Franco ».
La Guerre Civile espagnole de 1936-1939 causa plus de 600 000 morts avec des exactions commises dans les deux camps ; comme l’assassinat du fils du Gal Moscardo à l’Alcazar de Tolède pour l’obliger ainsi que ses cadets à se rendre aux forces dites républicaines, dont quelques-unes étaient communistes, voire anarchistes, largement appuyées par l’URSS de Staline. De plus, à la veille du conflit, la péninsule espagnole est dans un chaos économique et militaire indescriptible : assassinats politiques (plus de 330) dont celui du leader de la droite parlementaire Calvo Sotelo le 13 juillet 1936 par des communistes, grèves à répétition (plus de 113), destructions d’édifices religieux avec exactions (plus de 160)…
Certes, le régime du Caudillo Franco fut une dictature avec tous les revers que l’on connaît, mais on ne peut pas nier que les trente-six ans de régime franquiste ont donné à l’Espagne plus de trois décennies de stabilité politique et économique, lui permettant, au retour de la Monarchie en 1975, de revenir à la démocratie, et d’intégrer dès 1986 la Communauté Européenne dans un climat apaisé…
La deuxième remarque que l’on peut émettre de cette décision du Conseil de l’Europe est l’ingérence dans le Passé de ses membres, en effet, il «…souligne que la violation des droits de l’homme n’est pas une affaire interne qui ne concerne qu’un seul pays et que, par conséquent, la communauté internationale est tout aussi concernée que les Espagnols eux-mêmes ». Je veux bien admettre que l’on soit vigilant sur les respects des Droits de l’Homme actuellement, mais oser fouiller dans le passé et l’intimité des peuples pour en tirer des profits politiques est dramatique et infamant pour ceux qui ont connu des périodes historiques dramatiques.
Toute recherche historique est, certes, indispensable pour la connaissance du Passé afin de mieux appréhender l’Avenir, mais l’utiliser pour régler ses comptes a posteriori est scandaleux. Or le Conseil de l’Europe se réjouit que « depuis le début des années 1980, des initiatives visant à retirer des lieux publics les symboles de la dictature, comme les statues, et à renommer les rues et les collèges portant les noms de Franco et de ses généraux, ont été couronnées de succès ». Par définition, une guerre civile ne s’achève jamais avec de véritables vainqueurs et vaincus, mais avec des dominants et des dominés engendrant le plus souvent un sentiment de frustrations chez les seconds. Le déboulonnement de la dernière statue du Caudillo, en mars 2005, à Madrid, ne fait que raviver l’amertume des partisans du franquisme, désormais devenus, par cette pratique de « discrimination historique », les reclus…
Emboîtant le pas à la France avec ses préoccupations sur son rôle positif ou non en Afrique du Nord, et sa repentance au sujet de la Traite négrière, ces querelles byzantines montrent bien l’abîme dans lequel est tombé l’Europe. Telle une vielle dame qui regarde son Passé sans espoir de futur, le Vieux Continent s’y noie au risque d’y perdre son identité…
Faire table rase du Passé est la volonté des régimes totalitaires, trop faibles pour admettre des différences, mais suffisamment coercitifs pour le gommer, ou pire produire des « fausses vérités »… Dans nos démocraties, le goulag ou les pressions policières sont remplacés par le « politiquement correct », l’omission historique (voir « Les 4 Vérités Hebdo » n° 511 ; « La France meurt à force d’occulter son passé ! »)… Certains verront dans cet article une apologie de la dictature, je rétorquerai que le meilleur régime politique est celui qui permet à un pays et son peuple de sortir plus forts, et qu’il dépend du contexte dans lequel il évolue…
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