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Le rejet de la Constitution


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Rouxel Jean - dimanche 19 juin 2005


Les marchés financiers disent souvent des choses qui ne se trouvent écrites nulle part ailleurs. Cependant, il est difficile d’interpréter ce qu’ils disent, sous la forme sibylline de hausse ou de baisse des objets ou matières dont ils assurent la cotation permanente.
Pourtant, le lundi 30 mai, les observateurs ne s’y sont pas trompés : la faiblesse de l’euro s’expliquait non seulement par des considérations contingentes mais également par une nouvelle défiance à l’égard de la monnaie européenne.
Dans la foulée, on vit même, en particulier en Italie, des déclarations donnant à penser que les jours de l’euro étaient d’ores et déjà comptés.
Les avantages attendus de la monnaie unique ont bien eu lieu, et tous les ressortissants des pays qui en ont adopté l’usage ont pu les constater : l’euro a diminué les coûts de conversion et de transaction des anciennes monnaies nationales. D’autre part – et c’est sans doute plus important – en facilitant les comparaisons et la transparence, il a accéléré les restructurations économiques et en particulier industrielles. On peut donc dire qu’il a agi comme un élément d’adaptation des entreprises aux nécessités de la mondialisation.
Mais les inconvénients, eux aussi annoncés par un certain nombre d’économistes (comme, en France, Jean-Jacques Rosa), se sont également avérés prémonitoires. En supprimant la nécessité d’ajustements immédiats aux décisions de politique économique des États, sous la forme d’une modification des taux d’intérêt, des taux de change, ou d’une réorientation des finances publiques, l’euro a agi comme une drogue anti-douleur. Et plusieurs pays, dont la France, en tête, ne se sont pas privés de prendre des décisions dont ils n’avaient pas à payer le prix financier grâce à l’euro. Ainsi, avec les 35 heures.
Au total, l’euro a plutôt éteint que stimulé l’esprit de réforme. Il a été considéré par ses bénéficiaires comme un filet protecteur même si, dans l’économie globale d’aujourd’hui, ce ne peut être qu’une illusion.
Tous les effets négatifs de l’euro ne peuvent entraîner à coup sûr sa disparition prochaine. Par contre, l’échec du Traité constitutionnel a toutes les chances d’obtenir ce résultat. Car on n’a jamais vu qu’une union monétaire puisse s’établir et se maintenir en dehors d’un processus d’unification politique.
L’euro, même nocif, pouvait être conforté par l’union politique. La défaite de celle-ci le condamne, sans doute, à brève échéance.

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