Bonnal Nicolas - lundi 25 avril 2011
nationalisme
Les nations se sont irritées, et votre colère est venue, ainsi que le moment de juger les morts, de donner la récompense à vos serviteurs, aux prophètes, et aux saints, et à ceux qui craignent votre nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre.
Apocalypse, 11, 18.
Le monde moderne et avec lui le monde postmoderne se sont construits sur les illusions de la mécanisation, de la science, du progrès, des idées toutes faites : simple troupeau taillable et corvéable à merci, l’humanité devient le champ d’exploitation du profit et des bureaucraties, à charge pour les peuples et les familles d’obtempérer et disparaître. Le remplacement des populations par les Anglais en Amérique, déjà souligné par Michelet, est déjà un des axes fondateurs de cette politique d’arraisonnement et de réification de la Création et des peuples. L’obsession migratoire et la gesticulation pétrolière, aberrantes pourtant d’un point de vue économique et écologique, complètent ce tableau de la désolation grimé en bonne statistique.
On constate pourtant que le bel édifice de destruction de la Création donne des signes de fatigue : les peuples en Europe votent populiste, l’Amérique, pays phrase de l’homogénéisation marchande du monde, est à bout de souffle et même au bord de la cessation de paiement, l’euro et la bureaucratie européenne, dont la mission a justement été la déconstruction de l’héritage chrétien de l’occident médiéval, n’iront pas au bout de leur mission. L’incompétence et l’arrogance se sont aussi heurtées aux propres limites de l’aberrante tentative et à une résistance spirituelle plus forte que prévu, que l’on retrouve évoquée dans l’Apocalypse, et explicitée par son meilleur commentateur, Dostoïevski.
Ce dernier fait dire à son personnage Chatoff les phrases suivantes (Les possédés, deuxième partie, chapitre premier) :
« De tout temps la science et la raison n’ont joué qu’un rôle secondaire dans la vie des peuples, et il en sera ainsi jusqu’à la fin des siècles. Les nations se forment et se meuvent en vertu d’une force dont l’origine est inconnue et inexplicable. »
L’internationale socialiste n’était pas venue à bout des nations, et l’on aurait voulu que le consumérisme et la bureaucratie mondialisée, armée du politiquement correct et des bombardements répétés en Serbie ou ailleurs, y parviennent ! L’euro avait aussi cette mission, d’anéantir les nations : il n’a réussi qu’à ruiner les plus faibles et l’idée même européenne.
Chatoff poursuit dans ces pages éblouissantes du génie russe :
« C’est chez un peuple l’affirmation constante infatigable de son existence et la négation de la mort. "L’esprit de vie", dit l’Écriture, les "courants d’eau vive" dont l’Apocalypse prophétise le dessèchement, le principe esthétique ou moral des philosophes, la "recherche de Dieu", pour employer le mot le plus simple. »
Dostoïevski souligne bien sûr le lien entre l’idée de nation et la recherche spirituelle, si évidente durant tout le moyen âge ; ce qui constitue le socle de l’exception nationale, de cette exception à laquelle tout le monde était accroché en France il n’y a pas si longtemps.
« Chez chaque peuple, à chaque période de son existence, le but du mouvement national est seulement la recherche de Dieu, d’un Dieu à lui, à qui il croie comme au seul véritable. Dieu est la personnalité synthétique de tout un peuple, considéré depuis ses origines jusqu’à sa fin. »
Lorsque l’Europe des poux de Bruxelles nie ses origines chrétiennes, elle dénonce du même coup les nations qui la composent. Ironie du sort : la Belgique, capitale Bruxelles, création anglaise et maçonnique, est du reste à l’agonie. La même logique antichrétienne qui caractérise ses fabricants concerne les nations. Il s’agit de créer un supermarché quantitatif réglé par la cybernétique ; et donc de nier les forces vives du monde et de l’Esprit.
J’en reviens pour conclure à l’Apocalypse. Saint Jean évoque les « nations irritées » dans son texte si connu : le mot utilisé pour « nations » est ethnè, qui a donné ethnie, mot que la novlangue européenne a cru bon de déshonorer récemment en imputant aux Serbes une épuration technique qu’ils n’avaient jamais commise (on n’est pas en Arabie saoudite ou au far-ouest tout de même…). Et quand il évoque ceux qui détruisent (diaphteirontas) la terre (tèn gèn, à l’accusatif en grec), je ne peux m’empêcher de penser phonétiquement à Schengen. Schengen grâce à qui vont rentrer deux millions de « réfugiés » de plus, puisqu’aucune administration étatique ne se sent maintenant tenue de veiller sur ses frontières. Mais gare aux nations irritées…
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