Bonnal Nicolas - lundi 12 décembre 2011
armee
Une fois de plus le prestigieux avion Rafale a été refusé à l’exportation. C’est un peu comme le TGV, autre merveille de l’industrie nationale, dont, peu ou prou, personne n’a voulu, comme si les étrangers n’étaient pas capables de construire un train ou un avion de guerre.
Jusque là, rien que de très normal : nous sommes dans la perspective du coq hérétique et de l’exception française telle que je l’avais décrite il y a quinze ans dans un ouvrage promis à peu de succès. On ne change pas un modèle qui ne marche pas.
Mais l’affaire Rafale est plus intéressante. Et aussi plus scandaleuse. Car depuis quand l’Etat français doit-il faire la fortune de la famille Dassault ? Du temps de Marcel (Dassault) les Mirage s’exportaient dans le monde entier, profitant du génie de nos ingénieurs d’alors, profitant sans doute aussi de la métapolitique gaulliste qui donnait une image plus grandiose et plus libre de la France que l’hexagone actuel. Mais depuis vingt ans, le produit Dassault ne se vend plus nulle part, et c’est au contribuable français de payer et d’essuyer les pots cassés d’une entreprise privée.
Cela est d’autant plus curieux et scandaleux que la famille Dassault, comme tous les mendiants ingrats qu’évoquait le grand Léon Bloy, ne cesse de hurler contre l’interventionnisme de l’Etat, la politique sociale de l’Etat, l’humanitarisme de l’Etat. Et de tempêter dans sa presse, qu’elle a fort nombreuse (la nommera-t-on ? j’aurais peur de nuire à mes nombreux amis qui y travaillent !), contre le RMI, l’ISF, le SMIC et toutes les lois sociales qui garantissent aux pauvres leur trop d’argent !
« vous fournissez les armes, je fournis la guerre »
On se croirait en Amérique, pays dont les idiots nous croient si éloignés : les riches oligarques ont un Etat à leur botte, promeuvent des politiques antisociales (pourquoi pas d’ailleurs ? Trop de social tue le social, on le voit bien en Espagne ou ailleurs) et surtout des guerres pour leurs opérations militaires.
Bill Bonner l’économiste libertarien qui est aussi le possesseur de mon éditeur Les Belles lettres, trouve un peu chère l’addition de la lutte contre le terrorisme promue par la défunte administration Bush : 2 000 milliards de dollars ! Tout cet argent et tous ces morts pour faire de Bagdad la ville la moins sûre du monde (les plus agréables, soit dit entre parenthèses d’après les classements actuels, sont les villes germaniques : Vienne, Munich, Zurich…). Certes, mais que ne ferait-on pas pour enrichir Halliburton, les marchands d’armes et les mercenaires ! Ou pour assurer l’approvisionnement pétrolier aux Chinois qui ont raflé la mise (car il n’y a même plus de pragmatisme dans la diplomatie américaine) en Irak !
C’est là que je trouve un autre point de jonction avec la France de l’actuel président, toujours plus menaçante et va-t-en-guerre : car pourquoi avoir déclaré la guerre à la Libye ? Ce pays nous envahissait-il ? Posait-il des bombes sur notre sol ? Nous avait-il manifesté une quelconque hostilité ? Mais ce n’est pas tout : nous allons aussi déclarer la guerre à l’Iran (comme le voulait Kouchner, agent de change humanitaire de la maison Soros) et à la Syrie. En attendant la Russie ? Et tout cela pour satisfaire qui ?
On se souvient de la phrase de Hearst, prélude à l’impérialisme américain (vol de Cuba et des Philippines à l’Espagne en 1898, en se basant sur un faux attentat) : « vous fournissez les armes, je fournis la guerre » ; la guerre via la presse, s’entend. Aujourd’hui nous avons les mêmes prestataires de services puisque ce sont les marchands d’armes (Hachette et Dassault en France) qui tiennent les médias. Et nous avons besoin de guerres pour faire miroiter nos armures chevaleresques et nos avions invendus. Le calcul économique est bien sûr catastrophique : appauvrir tous les contribuables pour enrichir une poignée de marchands. Rien de nouveau sous le soleil, dira-t-on : et que ne fera-t-on pas pour assurer la victoire de la démocratie en Egypte ou ailleurs, régime qui assure la victoire des islamistes et des salafistes dans tout le pourtour méditerranéen ?
Dans son édition du 1er décembre Le Monde estime chaque Rafale à 140 millions d’euros, payés rubis sur l’ongle par le contribuable. Dans mon livre Mal à droite, soigneusement occulté par les médias, j’avais estimé le coût de l’opération à 70 milliards d’euros, dont le but n’avait été que de faire quelques heureux… qui nous demandent en revanche comme Goldman Taxes et les banques de payer les vêtements dont ils nous ont dépouillés. Cette société néolibérale ou néo quelque chose est un vrai compte de fées, pardon un compte de faits ! Et l’on comprend mieux les enjeux de la crétinisation par la technologie que j’ai déjà évoquée.
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