Dumait Alain - dimanche 31 octobre 2004
Le rapport Camdessus, dont le titre commence par le mot « Sursaut », confirme, s’il en était besoin, le très large consensus aujourd’hui établi sur le fait que notre pays, la France, que nous aimons tous, est en déclin. Il y a un peu plus d’un an, tout en lui faisant néanmoins une large place, la classe médiatique, comme l’ensemble du politiquement correct, pouvait faire la fine bouche devant le succès inattendu de l’ouvrage de Nicolas Baverez « La France qui tombe ». Aujourd’hui la partie constat du rapport Camdessus n’est contestée par à peu près personne : au rythme où se dégradent nos finances publiques et, parallèlement, nos performances économiques, la situation sera bientôt irrattrapable. Au plan financier, le déclin peut paraître lent. C’est en effet en vingt ans que la dette publique actuelle, qui dépassera bientôt 1 100 milliards d’euros, a été accumulée. Notre pays déborde les critères de gestion liés à l’euro, mais à peine, apparemment. Tout ça n’empêche pas la monnaie européenne d’être ferme par rapport au dollar. Et qui sait s’il doit s’en réjouir ou s’en plaindre ?… Au plan économique, la glissade française est plus nette. Le chômage massif des jeunes est un scandale. Nous ne sommes plus que la 6e puissance industrielle mondiale. Selon tous les critères usuels, notre compétitivité recule. C’est la raison pour laquelle depuis plusieurs mois - changement très significatif - notre balance commerciale est redevenue déficitaire. Ce sont notamment les sorties de capitaux français qui permettent d’équilibrer la balance des paiements… Mais c’est au plan social que la dégradation est la plus nette et aussi la plus rapide. Le problème est que, sur ce terrain-là, il n ‘y a pas de macro-statistiques. L’observateur doit se contenter de suivre au jour le jour les chiffres significatifs publiés, quand ils le sont, et une actualité hélas riche en faits significatifs. On est tout d’abord frappé par l’augmentation des violences, crimes, délits ou autres, en particulier dans les transports en commun et les écoles publiques. C’est maintenant l’ensemble du territoire qui est concerné, y compris les zones jusqu’à présent épargnées, à savoir les plus modestes ou les plus reculées de nos petits villages. Il y a quelques jours, à l’occasion d’une réunion d’information, un représentant de la gendarmerie nationale annonçait aux habitants d’un village de 700 habitants du Nord-Est de la Seine-et-Marne que, depuis le début de l’année, pas moins de 29 cambriolages avaient été enregistrés. Les personnes présentes elles-mêmes n’y croyaient pas… L’observance stricte de la loi recule tous les jours. On peut bien se réjouir que les automobilistes aient réduit leur vitesse sur les autoroutes. Avec la verbalisation automatique découlant des radars du même genre, même les anarchistes acquièrent un comportement rationnel ! Mais, dans le même temps, on assiste, selon les spécialistes de la police et de la gendarmerie, à une véritable explosion des cas de conduite automobile sans permis. Le nombre de personnes conduisant sans permis aurait augmenté de 60 % depuis un an ! Il est vrai qu’obtenir ce précieux permis, pour un « jeune » de banlieue, c’est vraiment « galère »… Il est encore plus difficile d’élaborer des indices fiables de la moralité publique et, en effet, depuis toujours, il s’est trouvé des rabat-joie pour se plaindre qu’elle foutait le camp. On a quand même l’impression que toutes les bornes sont aujourd’hui dépassées. Pas un jour sans une nouvelle affaire de pédophilie. Selon Valérie Wertheimer, présidente de l’association Action Innocence, le nombre de sites pédophiles sur Internet a augmenté de 70 % depuis un an. Un million et demi d’images pédophiles circulent sur la Toile. Et 45 % des enfants qui « chattent » sur le réseau sont, à un moment ou un autre, sollicités à des fins sexuelles… La politique, l’économie, la finance, le social, le droit, la justice, la moralité… tout se tient évidemment. Ce ne sont que les divers aspects qui permettent d’apprécier la situation d’un pays. En phase de redressement véritable, tout va mieux, tout progresse : les revenus, l’emploi, comme la sécurité. Ce qui caractérise notre déclin, c’est le recul concomitant, sur tous les fronts, de tous les indicateurs. À partir du moment où un seul de ceux-ci repasserait nettement du rouge au vert, tous les espoirs seraient à nouveau permis. Hélas, nous en sommes très loin.
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