Lambert Christian - mardi 31 mars 2009
religion
Les nombreux commentaires auxquels a donné lieu le voyage du pape au Cameroun et en Angola témoignent d’une grande partialité et d’une ignorance stupéfiante des réalités de l’Afrique noire.
Nombreux sont les journalistes et intellectuels, de gauche notamment, mais pas seulement, qui reprochent avec véhémence à Benoît XVI d’avoir minimisé le rôle du préservatif dans l’éradication du sida. Ainsi, ces bonnes âmes chantent-elles sur tous les toits que le préservatif, si on l’utilisait, serait le sauveur de l’Afrique et, pourquoi pas, du monde entier, un instrument miracle, une nouvelle idole. Comment peut-on être aussi mal informé ?
La grande majorité des Africains d’Afrique noire ne savent pas ce qu’est le préservatif et lorsqu’on leur en révèle et décrit l’usage, ils se mettent à rire à gorge déployée, disant : « ça, c’est encore la manière du blanc ! » Allez poser la question dans les villages, généralement misérables, de l’Afrique centrale, là précisément où le sida est né et où il est le plus répandu, vous serez pris pour un fou, d’autant que les Africains, plutôt pudiques, n’aiment pas que l’on parle de ces choses-là. Tout ce qui concerne la procréation reste pour eux mystérieux et relève de la toute-puissance des esprits qui peuplent l’univers spirituel de l’Afrique profonde, que ces Africains soient animistes, chrétiens ou islamisés, ce que j’ai observé au cours des années que j’ai passées en Afrique centrale.
La réalité est beaucoup plus simple. Le sida, qui a toujours existé, était limité à la partie orientale de l’Afrique équatoriale – le plus ancien cas identifié du virus VIH est celui d’un noir bantou à Kinshasa en 1959 –, mais la décolonisation, en mettant fin à l’apartheid géographique de fait, a facilité la circulation des Africains. Le virus s’est alors répandu dans le monde, en même temps que se développaient l’homosexualité et la consommation de drogues par injection intraveineuse, la pandémie étant liée à la permissivité générale, autrement dit à une profonde crise morale et spirituelle mondiale.
Toujours est-il que l’Afrique noire est logiquement le continent le plus atteint. Sur les 33 millions de personnes vivant actuellement avec le VIH, près de 22 millions sont des Africains. L’on ne peut franchement pas dire qu’avec le sida, l’Afrique ait offert au monde un bien beau cadeau ! Il est vrai que l’utilisation du préservatif limite l’extension de la pandémie dans les pays développés, y compris l’Asie du sud-est. Mais il est totalement illusoire de croire que ce latex mettra fin en Afrique à un fléau que seul un vaccin, qui reste à inventer, pourra peu à peu faire disparaître. S’en prendre au pape sur ce grave sujet est donc complètement déplacé. C’est une erreur et une méconnaissance d’un problème aussi redoutable que complexe.
Je terminerai en évoquant un autre sujet d’hostilité au pape, une hostilité très à la mode : le cas de Mgr Williamson, relevé d’excommunication par Benoît XVI. Mgr Williamson assure que les chambres à gaz dans les camps de concentration de l’Allemagne hitlérienne n’ont jamais existé, mais sa conviction, juste ou fausse, est fondée sur des arguments qui, eux, n’ont jamais été publiés. Malgré des recherches, je n’en ai nulle part trouvé la trace. Ce prélat est donc accusé et condamné devant l’opinion sans que l’on connaisse le dossier d’accusation monté contre lui. Le procès qui lui est fait revient à condamner un texte sans en avoir pris connaissance. Ceci dit, quelles que soient les pièces du dossier, les camps de concentration allemands étaient des camps d’extermination, comme ceux de la Russie stalinienne, dont on n’est pas sûr qu’ils aient tous disparu – la Russie stalinienne pour laquelle on compte en France encore beaucoup d’admirateurs.
Tout ceci est suffisant pour que certains de nos néo-anticléricaux demandent la démission du pape comme s’il s’agissait d’un vulgaire chef d’entreprise incompétent. Que ces imprécateurs n’oublient pas de constituer un conclave pour l’élection de son successeur où figureraient nos libres-penseurs, un sacré comité qui remplacerait le sacré collège et qui serait, bien sûr, placé sous le signe du préservatif miraculeux, laïque et obligatoire que le nouveau pape, à n’en pas douter jeune, de couleur et progressiste, s’empresserait de béatifier !
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