Lance Pierre - samedi 19 juin 2004
Lorsque j'entends Jacques Chirac ou François Hollande, l'un coiffant un bonnet blanc et l'autre un blanc bonnet, réclamer à cor et à cri « l'Europe sociale », je pense à ce personnage atteint de la syphilis qui prenait un plaisir pervers à contaminer le plus de partenaires possible en marmonnant entre ses dents : « Puisque je suis malade, il n'y a pas de raison que les autres soient en bonne santé ! » L'économie française est à demi ruinée par le système collectiviste autodestructeur dont notre nation s'est dotée, et qui la rend à peu près incapable de résister à la concurrence des nations plus authentiquement libérales. Aussi la France rêve-t-elle de refiler sa maladie à tous ceux qui l'entourent, en vertu du principe égalitariste bien connu qui s'énonce comme suit : « Si je ne réussis pas à m'élever, je peux tout au moins essayer d'abaisser les autres. » Les souverainistes de droite me font pitié. Je comprends leur idéal ; j'ai moi-même été souverainiste, jusqu'au jour où j'ai compris que la droite française n'aurait jamais le courage, ni même l'idée, de dénoncer clairement l'utopie socialiste. Aussi, à partir du moment où il était évident que l'Europe adoptait résolument le libéralisme tandis que la France lui résistait, il devenait aberrant d'être souverainiste. Je suis patriote et j'aime mon pays. Mais si mon pays s'obstine à vouloir se suicider, il faut bien que je cherche ailleurs la planche de salut dont il a besoin. Somme toute, la démarche de Guy Millière et la mienne ne sont pas aussi éloignées l'une de l'autre qu'il y paraît. Lui cherche cette planche de salut de l'autre côté de l'Atlantique ; moi je la cherche dans la construction de l'Europe. Aussi bien culturellement que géographiquement, je vais au plus près. Sans compter qu'il vaut mieux s'associer à des égaux que se mettre dans la dépendance d'un super-puissant, dominateur par nature. Je lisais dans « France-Soir » du 8 juin dernier une « tribune libre » de Michel Scarbonchi, secrétaire national du Mouvement républicain et citoyen présidé par Jean-Pierre Chevènement, souverainiste de gauche. Un vrai régal ! « Sous prétexte d'harmonisation - écrit Scarbonchi -, les maîtres de Wall Street et du FMI alliés aux eurocrates ont engagé l'Europe sur le toboggan du libéralisme économique et social ». C'est vrai. Mais ce toboggan étant en réalité un escalator, réjouissons-nous mes frères !
La victoire des hypocrites
« Comment nos élites de droite et de gauche - poursuit notre dévot marxiste - n'ont-elles pas vu la contradiction entre le développement accéléré d'une Union européenne engagée dans un modèle ultra-libéral et un système français fait d'étatisme, d'entreprises publiques, de services publics, de pacte social et d'exception culturelle ? » Excellente question ! Ma réponse est qu'elles l'ont très bien vu, mais que, n'ayant pas le courage de reconnaître ouvertement que le libéralisme est le seul vrai facteur de progrès en tous domaines, elles ont été très heureuses de pouvoir, sous le couvert de l'Europe, le mettre en pratique sans rien changer à leurs discours. Et c'est ainsi que les socialistes européens sont, à l'instar de Tony Blair, devenus des libéraux masqués, dans le même temps que les Chinois adoptaient le capitalisme sans cesser de s'affirmer communistes contre toute évidence. Karl Marx s'en est retourné tant de fois dans sa tombe que nul ne sait plus s'il y est à l'envers ou à l'endroit ! Et je me demande si Chirac et Hollande ne crient pas « Europe sociale ! » en priant tout bas la Sainte Vierge qu'elle ne voie jamais le jour. J'ai toujours pensé que la déesse Hypocrisie avait sauvé l'Europe du christianisme authentique, qui l'aurait menée au tombeau. Elle est en train de la sauver aujourd'hui du socialisme véritable, fils bâtard du précédent. Grâces lui soient rendues ! Mais ce serait tellement plus beau si cela se faisait dans la franchise et la loyauté ! Tellement plus efficace et plus solide aussi. Car, même lorsqu'il a choisi la bonne route en son for intérieur, l'hypocrite est bien obligé de faire quelques pas de côté pour donner le change à la cléricature dominante. De sorte qu'on est toujours à mi-chemin de tout et qu'on marche comme des crabes. Mais enfin, l'on avance tout de même… C'est désormais la planète tout entière qui adopte le libéralisme et rien ne pourra retarder sérieusement ce choix irréversible. Tous les États, y compris le nôtre, devront abandonner peu à peu la manie vicieuse et ruineuse de l'interventionnisme économique. Leur devoir sera néanmoins de réparer les inévitables dégâts humains engendrés, ici ou là, par la loi du marché. Ils auront avec cela bien assez à faire.
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