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Lance Pierre - mercredi 05 mars 2008

euthanasie
Qui pourrait ne pas avoir été saisi d’effroi en voyant au journal télévisé le visage défiguré de cette pauvre femme atteinte d’une tumeur du nerf olfactif qui pousse inexorablement ses yeux hors de leurs orbites ?

Elle se nomme Chantal Sébire, habite près de Dijon, n’a que 52 ans et souffre le martyre. De temps à autre, elle ressent « des coups d’aiguille qui rentrent dans l’oeil de façon intense pendant six à sept secondes ».

Elle vit dans l’angoisse permanente de ces accès de douleur soudains et imprévisibles. C’est une maladie orpheline, évolutive et incurable qui l’a rendue aveugle en octobre dernier.
La médecine est impuissante, non seulement à la guérir, mais même à la soulager. Son corps ne supporte plus la morphine qu’on lui administrait sans cesse.
Elle a trois grands enfants, eux-mêmes désespérés de voir leur mère dans cet état.

« Aujourd’hui - dit-elle - je suis allée au bout de ce que je peux supporter et mon fils et mes filles n’en peuvent plus de me voir souffrir. » Aussi demande-telle le droit de mourir, que la loi française archaïque et barbare lui refuse.

On lui a conseillé de se rendre à Zürich, où l’association « Dignitas », en accord avec la loi helvétique, aide les souffrants incurables à quitter une vie de torture.
L’un de mes fidèles lecteurs, Francis Rigoni, habitant le Haut- Rhin, atteint lui-même d’une maladie incurable qui rendait son existence infernale, avait adhéré à cette association suisse et organisé avec elle son suicide assisté en mars 2007.

Il avait auparavant adressé à tous ses amis et à moi-même une missive bouleversante intitulée « Lettre d’Outre-Terre » dans laquelle il nous disait : « Quand vous lirez mes lignes, je ne serai plus de votre monde. Pour moi, je suis présent, hors de ma carcasse et serein… Vous saviez que depuis longtemps je souffrais sans issue.
Il est des gens qui croient que l’on peut « gommer » les douleurs ! Laissons-les à leurs utopies (…) La France, république bananière, ne connaît que scandales et mensonges sur le sujet des gens en irrémédiable détresse. (…) Je suis parti ailleurs, le jour anniversaire de ma maman, entouré des miens. Je vous laisse… Encore un mot grave : Prenez grand soin de la Mère Terre… »
Car cet homme admirable et courageux, voguant vers l’inconnu, pensait encore à l’avenir de notre planète et à celui des générations futures.

Mais Chantal Sébire ne veut pas aller se suicider à Zürich. Elle veut mourir dans son pays, entourée de toute sa famille et de ses amis, en toute sérénité.
Elle veut exercer librement le droit sacré de tout être humain de décider de son propre sort. Et elle a écrit au Président Sarkozy pour lui demander son autorisation, comme Vincent Humbert avait écrit au Président Chirac pour le même motif.
Démarches vaines, bien sûr, car nul Président ne peut aller contre la loi, mais démarches symboliques soulignant une exigence légitime.

Le jeune médecin qui soigne Chantal est terriblement stressé, à la fois par son impuissance devant le mal et par l’interdiction qui lui est faite de mettre fin aux souffrances de sa patiente, ce qu’il ne pourrait faire sans être aussitôt accusé de meurtre.

Quant au député Léonetti, qui s’est à jamais déshonoré en donnant son nom à cette loi fasciste qui impose à chaque Français en fin de vie la pire des agonies, interrogé par un journaliste, il se réfugie dans la plus honteuse hypocrisie et déclare en substance : « Mais voyons, on sait très bien qu’en augmentant les doses de morphine on peut aboutir au décès. » Oui, mais alors qui décide arbitrairement ?
La loi française est d’autant plus absurde qu’aujourd’hui quatre pays voisins de la France ont légalisé l’euthanasie volontaire, puisque le Luxembourg vient de rejoindre à ce sujet la Hollande, la Belgique et la Suisse.

Il faut donc s’expatrier pour échapper à la torture finale. On dirait que la civilisation ne progresse décidément que dans les petites nations « à taille humaine », tandis que les grands États présomptueux et paralytiques s’enlisent dans les routines mentales et les préjugés d’un autre âge.

Pourtant, 88 % de nos concitoyens déclarent dans les sondages être favorables à la légalisation de l’euthanasie volontaire, devant être accompagnée, bien sûr, de toutes les garanties et précautions requises.
La démocratie est donc délibérément violée par les prétendus « représentants du peuple » !

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