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Le syndicalisme français traverse une triple crise


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Bonus WEB - dimanche 18 avril 2010

syndicats, livres
Une somme collective sur le syndicalisme français vient d’être publiée, aux PUF, sous la direction de Guillaume Bernard et de Jean-Pierre Deschodt. Ce dernier a bien voulu répondre aux questions des 4 Vérités.

Les 4 V : Vous venez de publier avec Guillaume Bernard un ouvrage collectif consacré aux forces syndicales françaises. Qu’apporte ce travail ?

Jean-Pierre Deschodt : Il n’existait jusqu’à présent aucun ouvrage traitant de l’ensemble des aspects essentiels du syndicalisme français, sous ses angles historiques, juridiques, et sociologiques ou organisationnels. Nous avons donc voulu rassembler ces trois points de vue, étudiés généralement séparément. Les principaux experts du syndicalisme français, Dominique Labbé et Dominique Andolfatto, s’intéressent surtout à son actualité et n’ont abordé son histoire qu’à partir de 1906. Notre étude englobe au contraire le XIXème siècle et montre comment fonctionnaient déjà les corporations sous l’ancienne France, pour mettre en évidence les racines du syndicalisme et expliquer ses développements ultérieurs. Comme nous ne sommes pas des spécialistes de chacune des questions traitées, nous avons sollicité la collaboration d’une trentaine de plumes : universitaires, magistrats, journalistes…, pour travailler à cette somme, prioritairement destinée aux étudiants. Ils y trouveront tout ce qu’il faut pour préparer leurs concours et stimuler leur esprit critique.

- Quelles leçons en tirez-vous, concernant le syndicalisme ?

Jean-Pierre Deschodt : Il traverse une triple crise, sociologique, de représentativité et aussi organisationnelle, car ses différents chefs ne représentent qu’une partie de plus en plus infime des travailleurs. Ils sont coincés par leurs objectifs traditionnels : la défense des acquis et l’enrichissement de ces acquis par le rapport de force. Avec la crise, cette méthode ne fonctionne plus, parce qu’elle ne concerne que les milieux de la fonction publique : les autres salariés sont menacés de perdre leur emploi en cas de difficulté grave ou de faillite de l’entreprise. Au sein même de l’entreprise privée, des variantes existent, selon que l’on a affaire à une entreprise familiale ou à des entreprises appartenant à des fonds de pension ou de grands groupes multinationaux. La personnalisation est importante. Un syndicalisme borné devient l’allié objectif de la mondialisation, et les organisations y sont souvent poussées par un internationalisme désuet, dont elles restent prisonnières.

Propos recueillis par Pierre Vautrin

Sous la direction de Guillaume Bernard et Jean-Pierre Deschodt,
Les Forces syndicales françaises,
Presses universitaires de France,
482 pages, 30 €.

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