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Le syndrome de Cassandre


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Lance Pierre - mercredi 26 décembre 2007


Un voisin à qui je faisais lire notre N° 619, me fit la réflexion suivante : « Ce journal est très original et intéressant. Mais quel pessimisme ! À lire l’ensemble de vos rédacteurs, nous sommes foutus. Vous êtes tous des Cassandre ! » Il faut dire qu’il venait de terminer sa lecture sur les deux articles des pages 4 et 5 : « Prenons conscience que la France se suicide ! », et celui de Christian Lambert « L’inexorable suicide de l’Europe ».

 Et le fait est que cela sentait fortement les obsèques programmées. Mais je fis remarquer à ce critique, d’abord que ces deux textes n’énonçaient que des vérités ou presque, ensuite que la célèbre Cassandre n’avait fait que des prévisions justes, et qui s’étaient réalisées précisément parce qu’on ne l’avait pas écoutée.

J’ai toujours été fasciné par la problématique de Cassandre, qui contient le plus cruel paradoxe des sociétés humaines. Songez donc : Cassandre prédit des malheurs. Si on la croit, on entreprend les réformes nécessaires. Du coup les malheurs ne se produisent pas et les imbéciles disent qu’elle s’est trompée. Si on ne la croit pas, on ne corrige rien et les malheurs annoncés se produisent. On reconnaît alors que ses prophéties étaient justes… mais il est trop tard !

Permettez-moi de vous remettre en mémoire l’histoire légendaire de la vraie Cassandre. Fille de Priam et d’Hécube, sa beauté faisait l’admiration de tous. Elle suscita l’amour du dieu Apollon et obtint de lui le don de prophétie en échange de ses complaisances. Mais elle ne tint pas ses promesses et repoussa les avances de son olympien prétendant, qui se vengea de cet affront en décidant qu’elle conserverait le don de prophétie mais qu’on ne la croirait jamais. Durant le siège de la ville de Troie, elle ne cessa d’annoncer la ruine de la cité si l’on n’entamait pas des négociations de paix. Personne ne voulut la croire et l’on se moqua d’elle, les Troyens croyant leur ville imprenable. Après la chute de Troie, elle devint l’esclave d’Agamemnon et fut assassinée par Clytemnestre. Après sa mort, elle devint l’objet d’un culte et plusieurs temples lui furent dédiés.

Son histoire, mi-historique, mi-fabuleuse, a marqué les esprits dans tout l’Occident et son nom est resté jusqu’à nos jours le symbole de ceux qui tentent d’avertir leurs semblables des malheurs qu’ils se préparent s’ils ne corrigent pas leurs comportements. On les accuse évidemment d’alarmisme et de pessimisme. Je m’inscrivis en faux contre cette interprétation en écrivant un jour : « Cassandre pécha par excès d’optimisme ; elle espérait être entendue des sourds. »

Et je crois que c’est exactement l’état d’esprit qui est le nôtre dans ce journal, quelles que puissent être nos divergences de vue sur différents sujets. Nous avons tous ici en commun, rédacteurs ou bien lecteurs participant à notre courrier, la faiblesse, ou plutôt la force de croire que nos compatriotes, et surtout nos politiciens, se réveilleront avant qu’il soit trop tard et se mobiliseront pour conjurer les dangers qui nous menacent et dont nous tentons de les avertir. Oui, contrairement aux apparences, nous sommes des optimistes ! Sinon, je vous le demande, pourquoi nous donner tant de mal à lancer nos alertes, si nous pensions qu’elles ne seront jamais écoutées ?

Or, nos avertissements circulent de mieux en mieux, car le danger essentiel devient évident : l’invasion afro-asiatique déferle sur l’Europe. Le peuple français en est conscient dans ses profondeurs. Les autres peuples européens le sont tout autant. Reste à convaincre les hommes politiques de la gravité d’une menace dont ils semblent ne pas saisir la nature ni l’ampleur, à moins qu’ils ne soient effrayés par l’inepte accusation de « racisme », qui surgit dès qu’on fait mine de vouloir seulement préserver la spécificité européenne dont nous sommes légitimement fiers, et dont le monde entier a besoin.

Oui, nous voulons rester optimistes. Pour ce qui me concerne, en tout cas, je le demeure inaltérablement.

Parce que j’ai foi en la France, foi en l’homme européen et foi en notre civilisation, « la plus belle qu’ait engendré l’humanité », comme le dit si bien Christian Lambert.

Et je souhaite à tous nos lecteurs et à la France elle-même une année 2008 constellée de bonnes surprises.

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