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Le terrorisme intellectuel pèsera encore plus lourd


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 28 mai 2008

racisme
Les « loupés » sur le projet de loi OGM et les débats sur la réforme institutionnelle ont occulté l’adoption définitive les 14 et 15 mai derniers par l’Assemblée et le Sénat du texte d’un projet de loi « portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations ». Ce texte, comme on s’en doute, aggrave encore la situation déjà précaire des libertés publiques en France.

Passons sur le fait qu’il s’agisse d’un texte imposé par Bruxelles. La chose est tellement habituelle (on estime en général que plus de 80 % de la production législative française n’est qu’une transposition du droit européen) que plus personne ne songerait à s’en offusquer… Ajoutons – toujours en passant – que, selon son habitude, notre pays a allégrement franchi les délais de transposition des directives européennes concernées (dont certaines datent tout de même de juin 2000 !). Ainsi, outre une législation calamiteuse, avons-nous droit aux réprimandes communautaires : selon le gouvernement, la Commission a engagé sur ce seul dossier trois procédures d’action en manquement…

Mais, naturellement, l’important dans cette affaire concerne le fond : la lutte contre les discriminations.

Certes, quelques dispositions du texte sont légitimes. Mais, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler qu’il existait, avant 2008, et même avant 2000, ou avant la création de l’Union européenne, un Code pénal en France, et que tout n’y était pas possible ! De toute évidence, l’intérêt de la nouvelle loi n’est pas d’exhorter à ne pas profiter de la faiblesse de certains de nos contemporains pour les réduire en esclavage, les insulter ou les expulser hors de leur logement. Non, l’intérêt du texte réside dans l’aggravation de l’aberration anti-discriminatoire de notre temps !

Pour les lecteurs qui ont le privilège de ne pas être soumis au terrorisme intellectuel de notre époque, rappelons qu’à la lutte des classes, qui s’essoufflait quelque peu, la fine fleur de la gauche révolutionnaire a substitué dans la foulée de mai 1968 : la lutte des sexes, avec le féminisme (je signale qu’en langage « politiquement correct », les femmes sont une « minorité » : qu’elles soient plus nombreuses que les hommes sur cette planète ne fait rien à l’affaire !…) ; la lutte antiraciste ; et, tout récemment, la lutte contre l’homophobie (concept sublime, signifiant de façon évidente, « peur de son semblable », dont on voit mal comment cela serait constituer un crime, et plus mal encore, comment la peur du semblable pourrait constituer le début d’une discrimination !)…

Naturellement, dans cette lutte anti-discrimination, il ne s’agit pas principalement de protéger les « minorités ». Il s’agit de limiter la liberté de choix, notamment pour les emplois et les logements.

Le plus prodigieux réside dans la définition de la discrimination (art. 1) : « Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou à une race, sa religion, ses convictions, son âge, son handicap, son orientation sexuelle ou son sexe, une personne est traitée de manière moins favorable qu’une autre ne l’est, ne l’a été ou ne l’aura été [sic !] dans une situation comparable ».

Et, plus merveilleux encore : « Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d’entraîner, pour l’un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d’autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés ». On ferait difficilement plus abscons !

J’attire l’attention des esthètes sur le « aura été » : une discrimination peut donc, à présent, se définir hors de toute réalité. Si nous avons quelque raison de croire que telle situation sera discriminatoire dans vingt ans, nous pouvons faire condamner notre voisin dès aujourd’hui. Ce serait dommage de perdre vingt ans !

La France, pour satisfaire aux injonctions de la Commission européenne, a donc choisi de se coucher devant le terrorisme intellectuel à la fois le plus mou (car le crime ou le délit n’est nulle part défini de façon précise) et le plus sévère – car chacun aura bien compris que les polices de la pensée diverses et variées verront leurs pouvoirs accrus, pendant que, fort logiquement, on laissera gambader gaiement dans la nature tous les Fourniret de la création. Un grand jour pour les libertés, décidément !

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