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Le triomphe posthume de Ben Laden


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Bonnal Nicolas - lundi 09 mai 2011

al-quaida
On ne serait pas long à décliner la litanie des succès de Ben Laden.
  • Le premier, c’est qu’il a ruiné l’Amérique et aussi l’Europe, accélérant la prise du pouvoir économique et même politique par les pays émergents, jadis dits du tiers-monde. Les scandaleuses politiques monétaires des banquiers centraux, mises en place au lendemain des attentats, ont permis chez nous le triplement des prix de l’immobilier et la formation d’une montagne de dettes tant privées que publiques, par la suite d’une « politique accommodante », comme disent les irresponsables de nos gouvernements.

Cette ruine occidentale a permis le triomphe des fonds souverains de la Chine, bien sûr, et aussi des pays arabes et du Golfe. Ce n’est pas le misérable hold-up sur les fonds libyens qui écartera l’évidence : nous n’avons plus d’argent, eux en sont comblés. La montée des prix du pétrole n’aura cessé aussi, sur fond d’insécurité et de terrorisme tant redouté, d’enrichir les spéculateurs et les pays pétroliers de la planète, où se recrutent la plupart de nos ennemis. C’est la famille Ben Laden qui a construit les infrastructures de La Mecque, dans les années 2000.

  • Le deuxième succès est militaire. L’armée américaine est devenue un monstre ruineux et non opératif, un peu comme l’ancienne Armée rouge et aussi notre Éducation nationale. Il lui a fallu trois ans, trois billions et 300 000 hommes pour venir à bout d’une impossible guerre civile en Irak. Il a fallu privatiser l’armée, puisque, comme aux bons vieux temps modernes, il n’y a plus que les mercenaires qui acceptent de se faire tuer sur le champ de bataille. Nous venons de perdre 50 hommes en avril en Afghanistan, nouveau Vietnam, où l’on fait Dieu sait quoi, en y perdant aussi un ou deux milliards par jour. Nous ne sommes même plus capables d’aplatir Kadhafi, que Reagan humiliait en s’amusant. Il aurait mieux fait d’en finir avec lui, comme Bush père aurait dû faire avec Saddam Hussein en 1991.

  • Il y a ensuite la victoire morale de l’islamisme : car maintenant l’occident n’est plus raciste ou colonialiste, ou croisé, l’occident est « islamophobe ». Les attentats du 11 septembre n’ont pas empêché la poursuite des vagues migratoires qui n’ont plus aucune logique économique : cette logique est théologique et politique.

Sous couvert d’islamophobie, on nous expliquera que l’on n’a pas le droit de brûler un bouquin, de se plaindre de la construction de la trois millième mosquée française, que l’on n’a pas le droit d’humilier un terroriste ou de caricaturer le prophète, et que l’on a le droit de souiller l’image du Christ ou de s’écraser quand une meute met à sac l’ambassade du Danemark ou une église orthodoxe irakienne gorgée d’infidèles. Le mot Al Qaeda, battu et rebattu, a permis aussi de fermer les yeux sur l’essentiel : la menace islamiste planétaire ; le buisson a caché le désert.

  • Mais le vrai et virtuel triomphe de ben Laden, moins tangible, est aussi une cerise sur le gâteau. Peu de gens ont cru en sa mort, peu de gens avaient cru aux attentats du 11 septembre ; beaucoup de gens avaient fait leurs les théories conspiratives. Comme le Goldstein du 1984 d’Orwell, Ben Laden est une image de synthèse, une création numérique, un virus. On ne sait quoi penser de lui et du coup on se met à douter de l’ennemi et de la logique du combat. Nous sommes désarmés avant d’être partis en guerre, et cela aboutit à l’apathie du public et des nations. Bref, l’occident est déconsidéré sur le terrain informationnel et épistémologique. La grande guerre sainte rime avec la grande guerre feinte. C’est d’ailleurs pour cela que les Américains ont élu Obama en 2008 : pour se faire pardonner leur islamophobie, et parce qu’ils sentaient aussi, comme mon vieux Rantanplan, confusément quelque chose.

Le fait de plonger Ben Laden dans les eaux, comme la cathédrale engloutie de Debussy, ne fait que renforcer se sentiment de malaise qui a pollué les années Bush. Pourquoi agir ainsi ? Par peur que les musulmans ne s’en fassent une idole ? C’est déjà fait. Par peur que l’on exhibe le cadavre et que l’on prouve que ce n’était pas le sien ? C’est déjà supposé. Lénine du XXIème siècle, Ben Laden aura de toute manière droit à son mausolée. L’occident croisé, chrétien et capitaliste, n’a qu’à bien se tenir.


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