Rouxel Jean - dimanche 10 juillet 2005
Depuis le référendum sur la constitution européenne, la majorité parlementaire et le gouvernement sont mal en point. C’est peu de le dire. On entend désormais les Cassandre prophétiser des grèves insurrectionnelles pour l’automne, ou l’extrême gauche au second tour des élections présidentielles! Ce week-end, une déclaration du “trotskiste à visage poupin” Besancenot, a donné un certain corps à cette deuxième éventualité, puisqu’il a affirmé que la question n’était pas de savoir si la LCR accepterait de participer à un gouvernement, mais seulement de savoir dans quel cadre. Il est évident que ce genre de petites phrases, dont la politique française est friande, est essentiellement une façon de faire monter les enchères. Il reste que c’est probablement la première fois qu’une organisation trotskiste envisage publiquement sa participation à un gouvernement. Et cela mérite réflexion. Le PS a effectivement le choix entre deux stratégies: sa “centrisation” et sa “gauchisation”. L’idée de Laurent Fabius en prenant la tête du non socialiste à la constitution se situe dans la deuxième logique: il cherche à bâtir un “pôle anticapitaliste” – selon le mot de ses peu fréquentables alliés du moment… L’union se ferait alors en deux temps: union du PS sur un candidat ayant défendu le non – et ici, naturellement, Fabius est le mieux placé. Puis, union de ce PS du non et de l’extrême gauche. C’est là que le bât blesse, car on voit mal le milliardaire Fabius dans le rôle du “damné de la terre”. Et l’extrême gauche peut alors faire monter les enchères très haut. Il faut noter que l’UMP a devant elle le même choix: soit l’union de la droite, soit la centrisation – et même, plus précisément, le “front républicain”. Ayant accepté le diktat de la gauche contre l’entente à droite, elle est contrainte d’accepter le “front républicain” – qui peut jouer pour elle comme en 2002, mais la contraint, le plus souvent, à jouer les supplétifs de la gauche et de l’extrême gauche. La symétrie avec la stratégie de Fabius s’arrête donc là: l’UMP n’est pas en mesure de diaboliser une alliance du PS avec l’extrême gauche. Ne serait-ce que pour une bonne raison: elle adhère dans son immense majorité à la fable de “l’altermondialisme” servie par l’extrême gauche. Reste à savoir si l’extrême gauche acceptera le sort que François Mitterrand avait réservé au Parti communiste. Mais, une chose est certaine: la droite ne sera que spectatrice du débat idéologique des prochaines présidentielles…
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