Milliere Guy - dimanche 24 octobre 2004
En regardant les images retransmises par les diverses chaînes de télévision de ce pays concernant le conflit israélo-arabe, je n’ai cessé d’être frappé par ce que je n’ai pu m’empêcher de ressentir comme une forme d’antisémitisme qui ne dirait pas son nom. Les victimes d’attentats en Israël, dès lors qu’elles sont juives semblent avoir peu de prix. Même si un attentat en Israël devait un jour faire trois cents victimes, je ne suis pas certain qu’il soulèverait autant d’indignation que l’attentat qui a frappé Madrid en mars dernier. Je pense, en espérant me tromper, qu’on dirait plutôt que le « cycle de la violence a franchi un nouveau degré », et nombre de gens penseraient qu’après tout, vu ce que subissent les « Palestiniens », les Israéliens ont bien cherché ce qui leur arrive. Dans le superbe film Exodus d’Otto Preminger, le personnage incarné par Paul Newman dit, à un moment donné, « la viande juive ne vaut pas cher en ce moment ». J’ai la triste et effroyable sensation que cette phrase est d’actualité. En regardant ces mêmes images concernant le conflit israélo-arabe, je me suis souvent demandé aussi pourquoi on faisait endosser aux Arabes de Cisjordanie et de Gaza la panoplie du bon sauvage devenu bon révolutionnaire, et pourquoi on exerçait à leur égard une hypocrite fausse compassion ! L’humanisme impliquerait qu’on comprenne que tout attentat contre Israël est de trop. Il impliquerait aussi qu’on s’indigne de la corruption sans scrupules des dirigeants de l’Autorité Palestinienne, qu’on voie dans les dirigeants du Hamas ou du Hezbollah des criminels à éliminer au plus vite pour préserver la santé mentale de ceux qui tombent sous leur emprise. Il impliquerait qu’on fasse tout, au nom d’un devoir d’ingérence, pour que ces populations puissent vivre une vie décente, ne plus être condamnées à la misère, ni soumises au fanatisme. L’humanisme impliquerait que, plutôt que de parler de la création d’un État palestinien qui dans les conditions actuelles ne pourrait être qu’un Troisième Reich miniature, on se préoccupe des conditions de vie de ces populations. Le monde occidental entier devrait être aux côtés d’Israël pour procéder à un grand nettoyage, à la mise en place d’écoles arabes en Cisjordanie et à Gaza où on enseigne autre chose que la haine, à la mise en place de médias arabes en Cisjordanie et à Gaza qui fassent autre chose qu’inciter au meurtre. Force m’est de constater que, hors les États-Unis, le monde occidental ne fait rien et se comporte comme si l’humanisme ne faisait plus partie de ses valeurs. Force m’est de constater qu’on accepte, tout à la fois, la mort de juifs en Israël et la dissémination de la misère et de la haine chez les Arabes de Cisjordanie et de Gaza. À un antisémitisme non dit s’ajoute un racisme anti-arabe. Les Arabes peuvent crever, tant qu’ils tuent des juifs, tout va bien, n’est-ce pas… J’ai repensé à tout cela en voyant les images retransmises d’Irak. Voilà un pays où le monde occidental a laissé un dictateur torturer, gazer et massacrer pendant des années jusqu’à ce que George Bush décide, de le renverser. Voilà que, dans ce pays, 25 millions de personnes espèrent enfin vivre dans la paix et la décence. Voilà qu’il est, pour la première fois de son histoire, doté d’un gouvernement pluraliste d’union nationale et que s’organisent des élections libres. Voilà aussi que d’ignobles fanatiques font tout pour que la décence ait du mal à s’installer et que l’insécurité règne. Que font les Occidentaux, en dehors des Américains : s’indignent-ils des violences commises par des terroristes contre le peuple irakien ? Disent-ils unanimes que les États-Unis et leurs alliés se battent là-bas pour la liberté d’un peuple ? Non : ils parlent, avec une jubilation mal dissimulée, de « résistance » à l’« occupation », d’« enlisement », de « chaos »… Au Proche-Orient, ils détestent tant les Israéliens qu’ils sont prêts à verser le sang du dernier arabe de Cisjordanie et de Gaza pour qu’Israël disparaisse. En Irak, ils détestent tant l’Amérique qu’ils sont prêts à voir mourir le dernier enfant irakien pour que le pays reste aux mains des barbares. Ils ne veulent pas la liberté pour le monde arabe et, surtout pas en Irak. Ils aiment les Arabes si ce sont des fanatiques, des assassins, des tueurs de juifs ou d’Américains. Ils n’aiment pas l’idée que les Arabes de Cisjordanie, de Gaza et d’Irak puissent vivre une vie décente. Racisme anti-arabe, dites-vous ?
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