Courrier - mardi 07 juin 2011
dsk
Il n’y a plus d’hommes d’État. Celui-ci sacrifie ses plaisirs, sa vie, ou sa fortune pour la sauvegarde ou la grandeur de l’État dont il a la charge. Et les exemples ne manquent pas dans l’histoire des pays européens.
On peut discuter de la politique menée par les rois, empereurs, présidents du conseil ou de la république qui gouvernèrent la France, mais, à part la folie survenant comme dans le cas de Charles VI, les gouvernants eurent à cœur la grandeur du pays, et l’on pendit un Enguerrand de Marigny, on disgracia Jacques Cœur, on enferma Fouquet, on vilipenda Talleyrand pour atteinte à la probité et à l’honneur de l’État.
Le vice peut être porté par l’intelligence ou surgir à l’improviste, il ne peut être toléré par la nation ou être honoré en toute connaissance de cause.
« La femme de César doit être insoupçonnable » et, lorsque cela arriva, cela finit très mal ; n’est-ce pas Caligula, Néron ou Caracalla ?
Dans l’économie d’entreprise, on chercha pendant la seconde moitié du XXe siècle à déterminer le caractère et les pulsions possibles d’un candidat au poste de cadre avant de lui confier la direction d’un service. Les diplômes ne suffisent pas à assurer la direction des hommes, le chef devant, pour être respecté, être respectable.
Se donner tant de soucis pour vérifier la moralité et les qualités humaines nécessaires au commandement paraissait naturel. « Mais notre siècle égalitaire a réprimé tous ces abus » (air connu) et bientôt l’horrible réalité se fit jour : les pervers étaient « discriminés » !
La discrimination, ce mal absolu pour nos contemporains, eutbientôt les chartes européennes et onusiennes contre elle, et l’on cessa d’enquêter.
La France finit par adorer ce qu’elle brûlait hier : l’arrogance, la perversité, le cynisme, en un mot la réussite de l’ange noir.
Car c’est la France qui a mis Sarkozy au pouvoir et ce dernier qui a fait nommer DSK au FMI !
Ce sont 57 % des « Français » qui croient à un « piège » qu’on aurait tendu au bon Dominique, sans se demander si le fait d’avoir pu être « piégé » et d’avoir donné dans ce « piège » n’aggraverait pas son cas, révélant le violeur en lui.
Ce sont les socialistes qui expliquent que le viol n’est pas si grave, puisqu’il « n’y a pas mort d’homme » (Jack Lang), ou que la présomption d’innocence est sacrée pour DSK, mais superflue pour le pauvre Garcia qui est un « quidam » (BHL).
Cette France mutante, déconnectée du reste du monde sur le terrain de la morale, qui n’a d’ailleurs pas de mots assez durs pour ce vocable (et à tel point qu’elle le remplace par celui de « éthique » lorsqu’il ne lui est plus possible d’éviter de parler de la « chose »), cette nation donc, anciennement civilisée, a réussi, en cinquante ans, à se transformer en une moderne « Sodome et Gomorrhe ».
Qui peut dire que DSK est coupable ? Pas un Français assurément, qui vit dans l’environnement de débauche que publicité, télévision, cinéma et enseignement lui imposent !
Si DSK est connu depuis longtemps comme un obsédé qui agressa nombre de femmes dans l’exercice de ses fonctions ou lors de rencontres fortuites, ce n’est pas la société dans laquelle il baignait qui pouvait l’en dissuader ni atténuer ses pulsions morbides.
Et, bien sûr, la preuve suprême de cette déliquescence réside dans son ascension sociale et politique.
C’est bien le monde politique français, du petit maire au président de la république, qui s’est vautré, depuis des décennies, dans les plaisirs vaniteux et l’impunité recherchée.
Longtemps il fut de bon ton de s’élever contre la locution « tous pourris » et de refuser tout « amalgame » lorsque des citoyens exaspérés la jetaient à la tête de leurs élus goguenards ; mais la vérité est dans cette exclamation ! Lequel, parmi ceux qui ne le seraient pas, s’est-il élevé contre la candidature de Nicolas Sarkozy, les nominations de Jack Lang, Frédéric Mitterrand ou Dominique Strauss-Kahn ?
Georges Clément
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