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Le xxie siècle : une ère de pénurie


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Bonnal Nicolas - mercredi 19 septembre 2007

mondialisation, economie
Le xxie siècle devait être religieux ou ne pas être : il ne sera certainement pas religieux sauf s’il se termine avant terme en catastrophe. Mais pour l’instant, il est surtout matérialiste : nous nous étions habitués à un monde où ne consommaient que les Blancs, accompagnés des Japonais : il faut maintenant se mettre à table avec les Asiatiques, les Latinos, les musulmans, bientôt les subsahariens, le tout au nez et à la barbe de Malthus qui prétendait chasser le pauvre du grand banquet de la nature…

Il y a dix ans, un sociologue israélien de grand renom, Zymunt Bauman, avait évoqué dans un livre le coût humain de la mondialisation. Mais la mondialisation n’a pas qu’un coût humain ; elle a aussi un coût culturel, un coût écologique, lequel, lié à une spéculation financière toujours plus rapide et gourmande, nous achemine vers un siècle de pénurie.
Il n’y a pas à accuser qui que ce soit : nous voulons tous vivre dans les meilleures conditions possibles, aucun Chinois ne veut vivre comme au temps de Mao, aucun hindou comme au temps de Gandhi. La consommation de tout est le but à la fois physique et métaphysique de l’humanité qui a abjuré la frugalité et les socialismes divers, d’une humanité qui en outre vieillit, ce qui ajoute à sa rapacité, et à son coût pour la planète terre, devenue trop petite pour nourrir nos mauvaises habitudes.

Je suis retourné en Amérique du sud où j’ai pu constater le doublement de tout en deux ans, de la nourriture, des matières premières, de l’immobilier et même de l’eau et de la terre. La terre a doublé au Brésil en un an, suite aux spéculations sur l’éthanol. Pour que nous continuions de voler et de rouler, les forêts argentines, brésilienne ou péruvienne vont achever de brûler, et les surfaces agricoles consacrées à l’alimentation vont être réduites : tout monte donc, du prix du sol à celui du pain, le tout dans un contexte presque comique où l’on ne cesse d’annoncer des chiffres humoristiques pour l’inflation (1 % en France, 5 % en Argentine…). Contexte comique qui autorise aussi à décréter que cette énergie bio est écolo (?!?) alors que le nucléaire, recommandé à grands cris par le grand savant Lovelock ne l’est pas…

Einstein parlait d’une quatrième guerre mondiale qui se déroulerait à coups de masse et de cailloux, il m’apparaît de plus en plus que c’est à coup de terre, de pétrole et d’eau ou de métaux que se construit l’économie régressive de la mondialisation. En huit ans, les cours du Dow Jones ont à peine monté, ceux du Nasdaq ont été divisés par deux, ceux du CAC ont baissé de 20 % (une belle performance pourtant peu soulignée).
Ce qui a monté, comme cela aurait monté au Moyen Âge, c’est l’or, l’énergie, toutes les matières premières. La destruction de l’agriculture européenne par Bruxelles a facilité ce début de pénurie continentale qui promet d’être planétaire. Le déclin du progrès technique finit aussi par avoir un coût important : nous consommons toujours plus d’essence et de pétrole, nous n’avons pas trouvé le moyen de conquérir l’espace, et les surfaces agricoles diminuent partout dans un contexte de désertification et d’augmentation toujours plus folle des populations (8 milliards et demi d’êtres humains en 2020 pour 17 millions de km2 de terres cultivables).

Les conséquences de nos inconséquences vont donc être la pénurie et la hausse des prix continuelles. Comme le chien Ran-Tan-Plan, le citoyen lambda « sent confusément quelque chose ». Grâce aux attentats de Ben Laden, l’immobilier a flambé un peu partout dans le monde, puisque les taux d’intérêt avaient pu artificiellement être baissés, sans un commentaire.
Mais intellectuellement, cette hausse des prix immobiliers était en quelque sorte un impôt de l’espace et du temps : nous vieillissons, nous avons peur pour nos précieuses retraites. Et nous sommes plus nombreux sur une terre de moins en moins habitable. Le mètre carré nous reviendra donc à six mois de travail au lieu de deux. Pour les matières premières et l’énergie, il en est de même. Nous sommes disposés à payer de plus en plus cher pour nos ressources naturelles.

Après tout, ce qui a fait perdre la guerre à Hitler, ce n’est pas son armement, c’est son absence de pétrole. Et ce qui détermine les gesticulations militaires des Américains en Asie centrale ou ailleurs, c’est la quête de l’énergie ou des matières premières. Les « ennemis de la démocratie », arabes, russes ou vénézuéliens, le savent bien qui en usent et abusent. Et l’on a vu que la plupart des grandes fortunes des années 2000 sont celles non pas liées à la technologie (la technologie, c’est dépassé) mais au vol des matières premières (en Russie ou au Brésil) ou à leur simple possession par une oligarchie féodale (Moyen-Orient, monde musulman en général).

Ce que je voulais faire remarquer c’est qu’en dépit de son arrogance intellectuelle, cette société nous ramène à des âges, c’est le cas de le dire, antédiluviens : nous attendons le déluge pour réagir, en attendant nous payons plus. Et nous organisons des processions écologistes, comme dans Manon des sources.

Dans le contexte global de la soumission volontaire, cette pénurie arrive aussi à point nommé pour contraindre les populations à plus de soumission. Si le xxie siècle doit finalement être religieux, c’est parce qu’il sera fondé sur la pénurie, la peur et l’inefficacité. L’Occident libre et inventif aura ainsi vécu, et entraînera la planète dans un siècle trouillard et féodal. Et surtout très cher…

Nicolas Bonnal
<nbionnal@yahoo.es>

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