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Les États-Unis jouent leur leadership en Iran


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 24 mai 2006


L'Iran dans la Troisième Guerre mondialeLes États-Unis attaqueront les sites nucléaires iraniens. Les répercussions seront terribles. Le marché pétrolier sera secoué. Téhéran attisera les feux de la rébellion chiite contre les troupes de la coalition en Irak, poussera le Hezbollah à la violence contre Israël au Liban Sud, fomentera des troubles en Arabie Saoudite où vit une importante communauté chiite. Les kamikazes iraniens viseront les intérêts des Américains et leurs alliés au Moyen-Orient et ailleurs. De l’Atlantique au Pacifique en passant par les banlieues européennes, les opinions publiques musulmanes s’enflammeront contre « l’odieuse agression » perpétrée par les Américains contre « nos frères » : l’identification à l’oumma (la communauté des croyants) prend possession depuis quelques années de l’esprit du musulman de la rue.

Les chefs d’État « pro-occidentaux » du monde musulman subiront un puissant ressac : leurs oppositions fondamentalistes menaceront leur pouvoir, elles qui marquent des points à chaque consultation électorale. Depuis 20 ou 30 ans, ces régimes mènent un combat d’arrière-garde face aux islamistes, leur abandonnant progressivement l’enseignement, la justice, l’édition, l’aide sociale…

L’islamisme submerge les couches populaires, prend en otages ou séduit les classes moyennes, et assiège des gouvernements délégitimés par leur soutien aux Américains et la corruption de leurs administrations. Exemple : le chef de l’État pakistanais, le président Musharraf. Sa collaboration avec les États-Unis dans leur lutte contre Al Qaïda le discrédite aux yeux de son opinion publique. L’attaque américaine de l’Iran l’éclaboussera. Musharraf, rescapé de plusieurs tentatives d’assassinat, est condamné à être renversé ou assassiné. Une fois au pouvoir, les fondamentalistes auront la haute main sur l’arsenal nucléaire et les services de renseignement pakistanais.

L’Iran empêche la résolution de la crise, en refusant obstinément de renoncer à l’enrichissement de l’uranium sur son territoire. Le Conseil de Sécurité ne pourra pas ramener l’Iran à la raison : la Russie et la Chine l’empêcheront de voter un embargo économique très contraignant, et a fortiori une attaque militaire.

Une fois avérée l’impuissance totale de la diplomatie dans cette crise, les États-Unis seront au pied du mur. La destruction des sites nucléaires iraniens par une attaque aérienne de grande envergure s’imposera à eux comme le seul moyen d’empêcher l’Iran des mollahs de devenir une puissance nucléaire. Et ils ne pourront pas se soustraire à cette tragique obligation, sous peine de saper leur rôle de gendarme du monde. Fort de sa victoire politique sur les États-Unis et de son nouveau statut de puissance nucléaire, l’Iran exercerait un chantage permanent sur Israël. Il contrarierait la géopolitique américaine du pétrole au Proche-Orient et en Asie Centrale. Et il menacerait la suprématie du dollar.

Le président Ahmadinejad nourrit le projet de libeller les ventes de pétrole iranien en euros. Une reculade américaine dans la crise nucléaire l’encouragerait à mettre cette idée en application, ce qui entraînerait une forte dépréciation du dollar, déjà fragile, et encouragerait d’autres pays de l’OPEP, comme le Venezuela, à l’imiter. Le leadership monétaire des États-Unis, nécessaire à leur suprématie économique, dépend de leur hégémonie politique et militaire. La Maison Blanche le sait. Et elle ne se fait aucune illusion sur l’efficacité de la diplomatie dans la crise nucléaire iranienne. Aussi, depuis plusieurs mois déjà, l’armée américaine prépare-t-elle l’attaque aérienne de l’Iran. Elle privera ce dernier de son industrie nucléaire. Fera-t-elle choir le régime des mollahs ? Les Américains le croient. Mais rien n’est moins sûr : une grande partie de la population serrera les coudes autour du gouvernement en un réflexe patriotique. Et les Pasdarans (Gardiens de la Révolution) ainsi que les Bassidjis (milice islamique) ont été préparés à réprimer toute opposition en cas de crise grave déclenchée par une attaque américaine.

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