Lance Pierre - dimanche 30 novembre 2003
Ma consœur Sylvie Simon m'apprend qu'on pouvait lire dans le journal anglais « Evening Standard », le 7 octobre dernier, un article de Victoria Fletcher annonçant que cinq des plus grandes compagnies d'assurances britanniques (dont l'une est gérée par la Lloyds) refusaient d'assurer les agriculteurs qui voudraient produire des OGM contre les risques de contamination des cultures voisines pouvant aboutir à des procès. En effet, ces compagnies se souviennent avoir déboursé environ 100 millions de livres de dédommagements après le scandale de la Thalidomide, médicament « garanti sans risques » qui avait pourtant causé de nombreuses malformations d'enfants à la naissance avant d'être interdit. Le représentant d'une de ces compagnies a rappelé aussi que l'amiante, autrefois considéré comme inoffensif, a finalement coûté des centaines de millions de livres d'indemnités. Les assureurs craignent d'avoir un jour avec les OGM les mêmes mauvaises surprises. (Ils pourraient tout aussi bien parler du Distilbène, interdit trop tard chez nous, et qui défraie actuellement la chronique, après les procès que viennent de gagner deux Françaises atteintes de cancer parce que leurs mères en avaient consommé lorsqu'elles étaient enceintes.)
C'est l'association d'agriculteurs anglais « Farm » qui a révélé le refus des cinq compagnies, après que certains de ses adhérents aient voulu en vain assurer leurs cultures contre la contamination par les OGM. Le coordinateur de « Farm », M. Robin Mayard, a déclaré qu'aucun agriculteur raisonnable ne devrait s'engager dans une technologie non assurable et qui est d'ailleurs massivement refusée par l'opinion publique.
L'annonce du refus des assureurs a eu un effet dévastateur, car elle survenait quelques semaines avant que Margaret Beckett, ministre de l'Environnement, de l'Alimentation et des Affaires rurales, doive autoriser ou non la plantation du maïs OGM en Grande-Bretagne. Des scientifiques indépendants ne cessent pourtant d'avertir que la manipulation des gènes peut entraîner des réactions en chaîne imprévisibles. Après de nombreux croisements entre plantes manipulées, on pourrait voir apparaître des instabilités du génome et des transformations de protéines synthétisées.
Les cultures transgéniques pourraient également engendrer une prolifération de plantes mutantes dont personne ne peut prévoir les conséquences sur l'environnement. En outre, la multiplication des plantes préservées des insectes ou des parasites par inoculation de gènes étrangers pourrait aussi entraîner l'apparition d'insectes mutants, plus résistants à tous les pesticides, et leur dissémination deviendrait alors un danger pour les écosystèmes.
La roulette russe ne l’est plus
Le Vice-Président de l'Académie des sciences de Russie, le Pr. R. V. Petrov, biologiste moléculaire, a dénoncé la mise au point des méthodes qui permettent d'introduire dans les micro-organismes des gènes provenant d'espèces différentes. Il rappelle que parmi les hôtes naturels de ces gènes prélevés sur des êtres humains ou des animaux se trouvent des virus et des bactéries qui demeurent actifs dans leur nouveau milieu. Des facteurs environnementaux imprévisibles peuvent réactiver leur potentiel pathogène. Et il faut ajouter que la consommation de plantes transgéniques contenant des gènes de résistance aux antibiotiques ne peut qu'accroître cette résistance chez l'homme, où elle est déjà beaucoup trop élevée, par suite des abus médicaux et de l'utilisation excessive des antibiotiques dans l'élevage. Le Pr. Jean-Marie Pelt fulmine contre la désinvolture des biotechnocrates et répète à tous échos : « On mélange n'importe quoi, n'importe où ; la biologie moléculaire, qui est extrêmement mécaniste, réductionniste et matérialiste, considère que les ADN sont des jeux de mécano ! »
Il y a cinq ans, au cours d'une émission de la télévision britannique, le Dr Arpad Pustzai, sommité mondiale dans le domaine du transgénique, révéla que le système immunitaire de rats nourris avec des pommes de terre génétiquement modifiées avait été endommagé et que la taille de leurs organes avait diminué. Ce scientifique réputé fut aussitôt renvoyé du Rowett Institute d'Aberdeen. Le 7 juillet 2003, Andrew Rowell a révélé, dans le « Daily Mail », que le Dr Arpad Pustzai avait été victime de manœuvres au plus haut niveau politique, ceci dévoilant une collusion entre certains personnages du gouvernement britannique et les compagnies de biotechnologie qui dépensent des milliards pour contrecarrer l'opposition publique aux OGM. Alors, Mesdames et Messieurs, faites vos jeux !
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