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Les accords de Kyoto sont morts !


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Milliere Guy - dimanche 04 décembre 2005


Il est étrange de trouver encore en France des écrits rapprochant l’intensité et la fréquences des ouragans en cette année 2005 de l’idée de réchauffement global. Il me semble plus étrange encore de lire que tout aurait été différent si Bush avait signé les accords de Kyoto.
D’abord, ce doit être dit : rien n’indique des liens entre intensité et fréquence des ouragans et réchauffement global. Les données disponibles en matière d’ouragans montrent que, depuis le début du xxe siècle, ceux-ci surviennent par cycles, de façon erratique et fluctuante.
Les années 1900-1905 voient survenir des ouragans intenses (un ouragan de force 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson a détruit Galveston au Texas en 1900), une accalmie survient alors qui va durer jusqu’aux années 1930. 1931-1937 est à nouveau une période intense (un ouragan de force 5 détruit la chaîne des Keys, en Floride, en 1935). Il faut attendre alors les années 1964-1970 pour voir une recrudescence (ouragan de force 4 sur le Mississipi en 1969), accalmie encore, puis brève remontée en 1992-1993 (l’ouragan Andrews frappe la Floride en 1992), accalmie à nouveau jusqu’en 2003 où émerge un nouveau cycle dans lequel nous sommes. Les météorologues cherchent encore les explications de ces cycles et n’en trouvent pas de concluantes. La seule chose qu’ils peuvent expliquer est la formation des ouragans et les conditions qui leur permettent de subsister (une eau de mer à une température supérieure à 27 degrés Celsius). La science ne sait pas tout. Rumeur et superstition se substituent trop souvent à elle lorsqu’elle souligne qu’elle n’apporte pas de réponse.
Si les accords de Kyoto avaient été signés par la totalité de la planète, cela n’aurait rien changé. Et il faudrait dire enfin aux Français que les accords de Kyoto sont morts. Dès le départ, ils étaient mal partis puisqu’ils reposaient sur des contraintes hypothéquant largement la croissance (aucun pays en développement n’avait été signataire de son plein gré, et la Chine et l’Inde avaient été exemptées d’obligations) : l’administration Clinton avait signé avant de se voir désavouée massivement par le Congrès dès 1997. George Bush n’a rien décidé et a simplement pris acte du désaveu du Congrès.
Les accords de Kyoto sont morts parce que les seuls pays à déclarer vouloir s’y soumettre sont ceux de l’Union européenne (8 % de la population mondiale, 24 % du PIB mondial). Ils sont morts surtout parce qu’ils reposaient sur des hypothèses fausses (le réchauffement global est dû, disent-ils, aux activités humaines seulement) et proposaient de faux remèdes (la réduction drastique de production des gaz à effet de serre).
L’acte de décès a été entériné à Vientiane au Laos l’été dernier sous la forme d’accords entre les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon, l’Australie et la quasi totalité des pays développés ou en développement d’Asie (60 % de la population mondiale, plus de 50 % du PIB mondial). Ces accords incarnent l’avenir en ce qu’ils parlent du futur de la planète, mais aussi de la croissance à renforcer pour permettre à de nombreux pays de passer du sous-développement au développement, et de la possibilité de produire davantage sans polluer davantage, grâce aux innovations technologiques.
Les accords de Vientiane, dont on n’a pas parlé en Europe, sont dynamiques, ouverts, optimistes, réalistes. L’inverse des accords de Kyoto qui reflètent un état d’esprit européen : pessimiste, malthusien, statique. Les accords de Vientiane ont montré que d’importants accords multilatéraux pouvaient être signés sans l’ONU et sans l’UE. Ils ont montré qu’on pouvait se préoccuper de l’environnement sans avoir à casser la croissance et l’innovation technologique, mais qu’au contraire la préoccupation optimale pour l’environnement est celle qui se situe dans l’optique de la croissance et de l’innovation technologique. L’Europe est confrontée à des choix, et elle devra y faire face : ou elle se donne les moyens de regarder en face le monde tel qu’il est et elle entre de plein pied dans le xxie siècle, ou elle continue à glisser vers le déclin et l’insignifiance. Les pays d’Europe peuvent ratifier les accords de Vientiane : ce sera le signe qu’une révolution mentale est enclenchée en Europe. La rencontre de Montréal sur l’« après Kyoto », qui commence le 28 novembre, sera intéressante à suivre sous cet angle.


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