Artur du Plessis Laurent - mercredi 22 novembre 2006
hezbollah, armee, armes
Les guérillas islamistes narguent les armées occidentales. L’été dernier, des lance-roquettes portatifs RPG-29 russes détruisirent une cinquantaine de chars israéliens, entre autres des Merkava, pourtant réputés. Des vidéos du Hezbollah montrent les fantassins épaulant et tirant, par les fenêtres des maisons, sur des chars dont les équipages ne voient pas ce qui se passe à gauche, à droite et en arrière. Ils sont à la merci d’un lance-roquettes caché dans un buisson ou derrière un rocher. Les rebelles ne visent pas la partie avant du Merkava, bien protégée, mais ses côtés, ses flancs ou ses chenilles. L’arrêt « prématuré » des hostilités par Israël a résulté de cette mauvaise surprise. Bien que l’armée américaine maintienne 141 000 hommes en Irak, et en ait perdu plus de 3 000 depuis l’invasion de mars 2003, la rébellion y prospère. Tout comme en Afghanistan.
Dans « Les éléphants d’Hannibal, Quelle guerre pour demain ? » (Éd. François-Xavier de Guibert, octobre 2005), le géopoliticien Hubert de Beaufort analyse l’inadaptation des armements occidentaux. Le carthaginois Hannibal avait multiplié les victoires, grâce à ses terrifiants éléphants. Mais à Zama, en 2002, le romain Scipion disposa ses légions de façon à laisser des voies de passage où s’engouffrèrent les pachydermes, désertant le champ de bataille. Ensuite, la cavalerie romaine anéantit l’ennemi. Hubert de Beaufort dit que la plupart des systèmes d’armes déployés par la machine de guerre américaine – porte-avions, missiles, chars, bombardiers – sont les éléphants d’aujourd’hui. Les puissances moyennes, comme la France –ces éléphanteaux – s’échinent à imiter les États-Unis. Pourtant, les techniques modernes permettent de concevoir des armes de destruction précises (ADP) cent fois moins cher que les prestigieux armements en service.
Les ADP ont fait leurs preuves dès les années 80 : les missiles américains antiaériens portables Stinger fournis aux Afghans vainquirent l’Armée rouge, en abattant des centaines d’hélicoptères. Cette arme a un cousin français : le Mistral, qui porte à 6 km. Les missiles anti-chars modernes, comme le Hot ou l’Eryx, sont des ADP. Et aussi les missiles de croisière américains, systèmes d’armes stratégiques majeurs dans les deux guerres du Golfe. « Quelle serait la situation du corps expéditionnaire américain, si les Irakiens disposaient de quelques centaines d’Eryx, de Stinger ou de Mistral ? […] l’efficacité de ces ADP est sensiblement accrue par l’utilisation conjointe de matériels à la fois novateurs et banalisés, comme l’ordinateur portable, les lunettes de vision nocturne et le GPS. »
L’auteur préconise d’adjoindre au concept d’ADP celui d’Appareil furtif d’intervention modulaire (AFIM), qui ajouterait une dimension stratégique similaire à celle des avions et hélicoptères de combat et des missiles de croisière. Ce serait un avion léger, véritable jeep de l’air, dont un prototype fut déjà expérimenté en France, en 1983. L’AFIM aurait trois versions : avion d’attaque tactique, stratégique et de défense ; drone de reconnaissance ; missile de croisière. « L’AFIM s’apparente au rapace nocturne volant lentement et silencieusement pour surprendre sa proie. C’est le contraire des avions de combat classiques, qui se veulent de la même famille que les aigles et les faucons : diurnes et rapides. » Entièrement en composites, recouvert d’enduits anti-radars, mettant en œuvre les mêmes concepts de leurre et d’antibrouillage que les F-117A et les Raptor-F22, n’utilisant aucun radar, ne communiquant pas et ayant une très faible SFR (Surface équivalent radar), il serait totalement furtif. Son rapport coût/efficacité, 100 fois meilleur, permettrait une fabrication rapide, en grande série.
La portée de la version missile de croisière serait de 2000 à 6 000 km. La conduite du missile serait liée à des matériels informatiques progressant plus rapidement dans leurs applications civiles que militaires. Objectif prioritaire des AFIM : la destruction des « bulbes », ces centres nerveux dont dépendent les armées. L’ouvrage met en scène les AFIM dans trois Kriegspiel (jeux de guerre) : priver la France d’électricité pour la paralyser ; attaquer un porte-avions nucléaire ; repousser l’invasion américaine de l’Irak de 2003.
Quid du nucléaire ? « La dissuasion anti-cités, anti-démographie, qui implique la capacité de détruire effectivement plusieurs grands centres urbains, reste l’argument suprême de la dissuasion, celui qui peut effectivement protéger de toute attaque nucléaire », explique Hubert de Beaufort. Cette nécessité ne doit pas être oubliée, en ces temps de prolifération nucléaire.
25 commentaires - Ecrire un commentaire
|