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Les contradictions de Bouchareb


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Menou Pierre - lundi 27 septembre 2010

cinema, algerie

Même Libération, qui pour autant que l’on sache n’est pas un journal de droite, ni suspect de complaisance à l’égard du colonialisme honni, a qualifié le film Hors-la-loi, de RachidBouchareb, de « saga sans souffle ». Didier Péron y voyait, au mois de mai dernier, une « œuvre sous influence américaine », « en deçà de ses ambitions et de son sujet », une « fiction bancale qui ne sait pas trop où elle va ».

« Si l’on aime un tant soit peut le cinéma dans ce qu’il a de vivant et d’énigmatique, il est difficile d’adhérer aux 2 h 11 d’académisme vernissé du Hors-la-loi de Rachid Bouchareb », écrivait le journaliste de Libération.

« (…) Borsalinos, fusillades à la mitraillette, rivalités viriles, pépée blonde (la porteuse de valise pro-FLN), combats de boxe et cabarets dansants, on évolue moins dans le Paris des années 50 qu’à l’intérieur d’un monde saturé des codes et archétypes du cinéma américain. Ces partis pris visent peut-être à transformer les réalités blessantes des violences de l’époque en mythologie glamour. Admettons. Mais il faut alors un scénario qui tienne en haleine les spectateurs, des personnages riches de multiples facettes, des acteurs excellemment dirigés et une mise en scène qui vous embarque dans le flux d’une énergie à la fois révolutionnaire et mortelle.

« Or, Bouchareb a le souffle court, et ses acteurs semblent articuler scolairement des formules d’emprunt auxquels ils ne croient jamais (…), ou alors ils surjouent un tirage de gueule caricatural de circonstance (la mono-expression butée de Bernard Blancan en colonel Faivre, ex-résistant et farouche OAS). »

Il n’est donc pas étonnant que ce film raté rate aussi son lancement en salles, avec 26 500 entrées seulement le premier jour, en dépit de la polémique organisée autour de ce non-événement cinématographique. En regard, l’œuvre splendide de Xavier Beauvois, « Des hommes et des dieux », a passé le cap du million d’entrées au bout de deux semaines, et sa « carrière » n’est certainement pas finie.

Pourquoi cette comparaison ? Parce que les deux films ont pour sujet une Algérie toujours en guerre à l’heure qu’il est, et que tous deux seront présentés aux oscars, où Des hommes et des dieux représentera la France, tandis que Hors-la-loi concourra pour l’Algérie.

La haine anti-française subventionnée par l’Etat français

Quant à la polémique, les chroniqueurs du Figaro-Magazine ou de Valeurs Actuelles, entre autres, ont dit ce qu’il fallait penser de la manière qu’a Bouchareb de réécrire l’histoire : « apologie caricaturale du FLN algérien », elle se réduit à une « fiction manichéenne de facture médiocre, dévaluée par de nombreuses erreurs historiques », écrivait déjà Frédéric Pons dans Valeurs Actuelles en mai 2010. Le critique de cinéma attitré de l’hebdomadaire, Laurent Dandrieu, n’est pas plus flatteuse :

« Le film de Rachid Bouchareb transpire la haine de la France dès les premières secondes, avec une vision caricaturale de la colonisation et une version carrément mensongère des massacres de Sétif », constate-t-il. «  La suite est une démonstration appliquée pour nous convaincre de la “juste lutte” du FLN, dont la brutalité, toujours justifiée, n’est jamais qu’une réponse aux méthodes nazies des Français… Les trois comédiens, mal à l’aise, ânonnent leur texte pour faire semblant de mal parler le français. Rien à retenir sur le plan cinématographique, mais on imagine aisément qu’une partie du public retiendra, en revanche, le message sous-jacent : contre une France qui nous traite si mal, tous les coups sont permis. »

Reste une question à poser : pourquoi la France a-t-elle largement contribué à financer ce film mensonger qui la traîne dans la boue ? Pourquoi Frédéric Mitterrand, qu’on croyait davantage porté sur la Thaïlande, a-t-il prêté la main, avec l’assentiment de FrançoisFillon, dont on attend encore les regrets, à cette calomnie envers notre pays, qui est en outre susceptible de jeter de l’huile sur le feu des banlieues françaises ?

Une autre question me vient à l’esprit : voilà près de cinquante ans que l’Algérie est indépendante – a été « libérée », comme dirait Bouchareb. Que font le réalisateur de Hors-la-loi et ses trois comédiens dans ce pays criminel, coupable d’avoir odieusement colonisé et exploité leurs frères de race ? Pourquoi ne font-ils pas valoir leurs immenses talents en Algérie ? Ce choix paraît pour le moins contradictoire.

J’aimerais croire que ce n’est pas parce qu’il fait meilleur vivre en France que dans l’Algérie de Bouteflika, ruinée par 25 ans d’incurie du pouvoir FLN – ce FLN dont leur film chante la louange.

Le moins qu’ils puissent faire, pour prouver que de tels soupçons ne sont pas fondés, serait de mettre leurs actes en accord avec leur beau discours. Je suis sûr qu’ils vivraient heureux, à Alger…


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