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Les démagogies de Mailly


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Menou Pierre - lundi 06 septembre 2010

syndicats, retraites
J’entendais ce dimanche sur Europe 1 le patron – oh, pardon ! je veux dire : le secrétaire général de Force Ouvrière s’élever contre le report de deux ans de l’âge de la retraite. J’écoutais Jean-Claude Mailly avec d’autant plus d’admiration qu’il semblait avoir trouvé la panacée à tous nos problèmes, en particulier aux projections démographiques déprimantes qui laissent à penser que le pire est devant nous, et pas très loin : en 2020.

 

Le remède à tous nos maux, assure M. Mailly, consiste tout bêtement à taxer nos entreprises. Pas beaucoup, explique-t-il : il suffirait d’une cotisation d’un niveau « modeste », mais « obligatoires pour toutes les entreprises », qui financerait des mesures d’aide à la retraite « pour les travaux physiquement pénibles ».

Les entreprises, il est vrai, ne seraient pas les seules visées : en faisant porter davantage l’assiette de la CSG sur les revenus du capital ou les revenus financiers, on pourrait faire entrer 12 milliards d’euros dans les caisses.

Ce qu’il y a de bien avec les syndicalistes, c’est qu’ils parviennent à résoudre de façon très simple les problèmes apparemment les plus compliqués. Pas comme la patronne des patronnes, Laurence Parisot, qui coupe les cheveux en quatre dans Les Echos du 1er septembre. « Pour que le chômage de remonte pas, il ne faut pas augmenter les prélèvements », y déclare cette empêcheuse d’imposer en rond.

Mettant en garde le journaliste qui l’interroge contre « la métaphore de la "niche" fiscale », elle ajoute : « Et ne cherchez pas quel effort serait à partager entre les entreprises et les ménages, c'est une mauvaise façon de poser le problème. Il faut seulement se demander comment encourager au maximum l'entreprise car c'est le seul acteur qui puisse tirer tout le monde vers le haut. Il ne faut donc augmenter les prélèvements obligatoires ni sur les ménages ni sur les entreprises. »

Et d’expliquer : « Nous ne retrouverons une croissance soutenue que si nous nous engageons sur la voie d’une sérieuse remise en ordre de nos finances publiques ».

Plusieurs autres points me paraissent discutables dans cette interview  de Laurence Parisot ; mais sur ces déclarations-là, allez savoir pourquoi, j’ai tendance à la trouver beaucoup plus crédible que Jean-Claude Mailly.

256 000 emplois salariés supprimés en 2009

D’abord parce qu’en effet, l’entreprise est, de très loin, le principal acteur économique à même de tirer tout le monde vers le haut, en créant de la richesse. Or, les entreprises françaises sont soumises à la concurrence étrangère.

Sur la même une des Echos, juste sous le gros titre annonçant « l’avertissement de Parisot au gouvernement », figure un article montrant que « les produits composés dans l’Hexagone contiennent de moins en moins de composants français » et que « la proportion des produits fabriqués en France sur la totalité des produits consommés est, elle aussi, en déclin. »

Le contraire serait surprenant, puisque l’ensemble de nos entreprises souffrent, et nos industries encore plus que les autres. Un nouveau signal en a été donné avec la publication, le 5 août, d’une enquête de Pôle emploi annonçant que 256 100 emplois salariés ont disparu en 2009, dont 168 000 dans le secteur de l’industrie. « Un tel niveau de destructions nettes d’emplois salariés n’avait jamais été observés depuis l’après-guerre », observe Pôle-Emploi.

Certes, la même Une des Echos nous apprend encore qu’« avec 4,6 milliards d’euros, les entreprises du CAC 40 ont quasiment doublé leurs bénéfices sur les six premiers mois de l’année ». Mais il s’agit des « stars de la cote », qui n’ont rien de commun avec le gros des entreprises françaises. Les Echos notent par ailleurs que le CAC 40 a plongé de plus de 4 % en août : de quoi s’interroger sur l’opportunité de taxer davantage les revenus du capital et financiers via la CSG, ce qui frapperait d’abord des petits épargnants quelque peu secoués ces dernières années.

De tout cela, Jean-Claude Mailly se contrefiche : il est dans l’annonce et la démagogie. Ainsi lorsqu’il déclare : « Le gouvernement veut faire cette réforme en dépensant moins en matière de retraites parce qu’il y a eu une crise financière. S’il n’y avait pas eu la crise financière, on ne l’aurait peut-être pas maintenant, le projet de réforme des retraites ! »

Quiconque s’est un tant soit peu intéressé au problème sait que le secrétaire général de F.O. ment – sciemment. Crise ou pas, la réforme se serait de toute façon imposée, et serait même arrivée bien tard : la sonnette d’alarme avait été tirée dès 1991 par le socialiste Michel Rocard dans son Livre blanc sur les retraites.


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