Rouxel Jean - mercredi 20 février 2008
sarkozy
« Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres. » Ces mots furent prononcés par Nicolas Sarkozy en mai 2007. Il vient de les renier. Devenu président, Sarkozy se croit toujours en campagne électorale, multipliant les effets d’annonce. Il se plaît à dire qu’il faut lancer des fumigènes. Il vient d’en lancer un de plus : chacun des enfants de CM2 devra prendre en charge la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah.
Mais les fumigènes de Sarkozy ne fonctionnent plus. Cette annonce, faite devant le Conseil des institutions juives (CRIF), a provoqué un tollé. Simone Veil, présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et ancienne déportée, juge « inimaginable, insoutenable et injuste » cette proposition.
Elle déclare « qu’on ne peut pas infliger ça à des petits de 10 ans. On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter ».
Le philosophe et écrivain Régis Debray, qui juge cette proposition « déplacée », s’interroge : « Qui empêchera la communauté noire de réclamer une commémoration de la mémoire de l’esclavage, puis les Arméniens, les Maghrébins ? ».
La Grande-Bretagne offre une illustration paradoxale de ce danger : tous les programmes relatifs à la commémoration de la Shoah viennent d’être retirés de certains établissements scolaires, avec pour motif que cela « heurte » la population musulmane, qui est négationniste...
Le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, n’avait pas été prévenu de la nouvelle lubie de Sarkozy, qui multiplie les erreurs. Il est toujours dans l’euphorie de la victoire présidentielle qui lui a donné l’illusion d’être un surhomme transformant le verbe en action. Mais il a perdu la main. Peut-être voit-il l’objectif, mais pas le chemin.
François Fillon monte dans les sondages, tandis que lui descend. Le Premier ministre ne restera, après les municipales, qu’à la condition d’obtenir les pleins pouvoirs pour réformer. Mais Sarkozy, qui le toise sans aménité depuis qu’il est plus populaire que lui, les lui donnera-t-il ?
Si oui, ne sera-ce pas trop tard ? Telles sont les deux questions majeures avant les prochaines municipales. Une défaite annoncée, au point que les candidats en campagne ne veulent pas de la visite de Sarkozy. L’entourage d’Alain Juppé dit qu’il n’aurait aucune chance d’être réélu à Bordeaux s’il était au gouvernement…
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