Artur du Plessis Laurent - mercredi 07 juin 2006
Une victoire de plus pour les islamistes, cette fois-ci en Algérie : fin mai, le président Boutéflika a remplacé le Premier ministre Ahmed Ouyahia, un anti-islamiste résolu, par le sympathisant islamiste Abdelaziz Belkhadem, chef du Front de libération nationale (FLN).
Ouyahia, technocrate kabyle, compétent, probe et dévoué au bien public, dirige le Rassemblement national démocratique (RND). Ce parti constitue l’élément modéré et progressiste de l’Alliance présidentielle, la coalition islamo-nationaliste qui soutient Boutéflika.
Le profil du nouveau Premier ministre, Belkhadem, est tout autre : il représente les « barbèfélènes » (FLN barbus), ceux qui, tout en appartenant au Front de libération nationale (FLN), le deuxième pilier de la coalition au pouvoir, sont proches des islamistes. On lui connaît des affinités pour l’Iran et certains pays du Golfe. Il est ami de Bouguerra Soltani, le patron du Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex Hamas), parti islamiste soi-disant « modéré » constituant le troisième pilier de la coalition au pouvoir. Le MSP a puissamment aidé Belkhadem à mener l’offensive contre Ouyahia.
Même si la chute de ce dernier n’a pas entraîné celle du reste du gouvernement, les islamistes de toutes obédiences jubilent. Ils sont défaits dans les maquis, mais pas dans les esprits. Leur poids électoral est énorme. Boutéflika les courtise. En août 2000, il avait déjà tenté de nommer Belkhadem à la tête du gouvernement. En vain : il s’était incliné devant le refus de l’état-major de l’armée. Mais cette fois-ci, il a passé outre. L’influence des militaires sur la vie politique algérienne décline, au profit de celle des islamistes, dont la victoire fait suite à une autre : le 1er mars dernier, est entrée en vigueur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Avec son corollaire : l’amnistie pour les terroristes acceptant de déposer les armes.
Le président Boutéflika souffrirait d’un cancer à l’estomac. Sa fin prochaine accélérerait le processus menant les islamistes au pouvoir à Alger, en débouchant sur l’élection d’un président qui leur serait favorable, quand il ne serait pas issu de leurs rangs. La situation algérienne reflète celle de presque tous les pays musulmans où sont en place des régimes non-islamistes : ceux-ci multiplient les concessions aux islamistes pour les amadouer, au lieu de conduire une politique d’éradication totale. Ils aident ainsi à leur arrivée au pouvoir.
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