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Les islamistes s’empareront de l’arsenal atomique pakistanais


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 18 juillet 2007

islamistes
La semaine dernière, l’armée a conquis la Mosquée rouge, au cœur d’Islamabad faisant 86 morts, dont 75 islamistes. C’était devenu une forteresse islamiste, avec la complicité du service de renseignements, l’Inter-Services Intelligence (ISI). Sa madrassa [école coranique] de 4 000 étudiants se réclamait de l’école de pensée sunnite déobandie, matrice d’un nouveau radicalisme néo-fondamentaliste dans le sous-continent indien. Ses disciples troublaient l’ordre public.

La constitution du Pakistan [« Pays des purs »] privilégie la charia. Toute minorité musulmane importante et unifiée, ayant une large autonomie juridique, culturelle et religieuse, est virtuellement sécessionniste. Le musulman rejette « l’autorité impie ». Dès 1940, les élites musulmanes indiennes voulurent un État musulman. Le Pakistan est né, en 1947, de cet irrédentisme religieux.
Le général Pervez Musharraf, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1999, n’a pu secouer la tutelle des partis religieux. Ces inconditionnels de la charia punissent de mort le blasphème - dont les chiites, les chrétiens et les femmes sont régulièrement accusés - et l’adultère, et maintiennent les mariages forcés.

L’intégrisme islamiste irrigue les masses, l’État - police, services secrets, armée, administration - et la politique étrangère. Musharraf soutint les talibans en Afghanistan pour étendre l’influence pakistanaise. Après leur chute, les combattants d’Al Qaïda se sont ex-filtrés, dans le Nord-Ouest pakistanais, qu’ils contrôlent. Lors de l’attaque américaine en Afghanistan, Musharraf, sur pression de Bush, a lâché les talibans - que les États-Unis avaient soutenus eux aussi - et pourchassé Al-Qaida. D’où son surnom : « Busharraf ».

Après la reddition de la Mosquée rouge, il a proclamé : « L’extrémisme et le terrorisme seront mis en échec dans chaque recoin du pays. Les madrassas [écoles coraniques] qui enseignent la violence ne seront pas tolérées ». C’est une rodomontade. Le Pakistan est la base arrière de deux des plus importantes organisations islamistes du monde. La première, le Tabligh, pro-taliban, envoie des prédicateurs fanatiques jusque dans nos banlieues recruter des volontaires pour le djihad en Afghanistan. L’autre, indo-pakistanaise, est le Jama’at-i-islami. Les écrits de son fondateur, Aboulal’a Al-Mawdoudi, ont influencé le théoricien des Frères musulmans, Sayyed Qutb, qui inspire bien des réseaux terroristes.

Les partis religieux empêchent Musharraf de contrôler l’enregistrement et le financement des madrassas : ils ne tolèrent aucune immixtion gouvernementale dans ce Saint des Saints de l’intégrisme. Mais tous les gouvernements pakistanais les ont utilisées. Islamabad aida les talibans à prendre le pouvoir en Afghanistan pour influencer, à travers lui, l’Asie centrale. Les madrassas y contribuèrent en formant les talibans afghans - comme des milliers d’étrangers venus du monde entier - avec l’appui de l’ISI et l’argent saoudien. Les madrassas fournirent des djihadistes à la guérilla cachemirie contre l’Inde.

Le prosélytisme islamiste a servi la politique étrangère pakistanaise.
Après la chute de la Mosquée rouge, une coalition de six partis religieux approuva l’appel de 13 000 écoles coraniques à manifester. Al Qaïda et les talibans afghans ont exhorté à des attentats contre des objectifs gouvernementaux pakistanais. Samedi dernier, un attentat suicide contre un convoi militaire dans le Waziristan du Nord, à la frontière de l’Afghanistan, a tué 24 militaires et blessé 29 autres. « Le massacre du Lal Masjid [Mosquée rouge] va conduire à une révolution islamique au Pakistan », a lancé Liaqat Baluch, chef de file d’une coalition de partis islamistes, le Muttahida Majlis e Amal (MMA). L’attaque d’une mosquée est, pour un musulman, un acte d’impiété impardonnable. Musharraf, lâché par les partis musulmans, est isolé. Un attentat de plus pourrait lui coûter la vie…

La société civile, qui se développe, a manifesté en faveur de l’ex-président de la Cour suprême, Mohamad Chaudry, limogé en mars par Musharraf pour l’empêcher de contester juridiquement les prochaines présidentielles et législatives, fin 2007-début 2008. L’exilée Benazir Butto, ex-chef de gouvernement, est l’une des figures de proue du courant progressiste, qui pourrait arriver au pouvoir. Mais il en serait chassé par les islamistes, en rapide ascension, au Pakistan comme ailleurs… Arrivés au pouvoir, ils contrôleront l’arsenal nucléaire pakistanais, dont la chaîne de commandement a toujours été opaque : l’industrie nucléaire a été édifiée à toute vitesse, à l’écart de la vie civile, avec des financements saoudiens.

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