Offre gratuite !
La version papier :
pendant 4 semaines dans
votre boite aux lettres
Cliquez ici
Notre lettre d'infos

Les leçons de l’élection péruvienne


envoyer cet article à un ami
Imprimer cette page
Article de la semaine

Voter pour cet article
114 VOTES
1379 LECTURES

Bonnal Nicolas - vendredi 15 avril 2011


Le Pérou est certainement l’un des pays au monde les plus fascinants, pour des raisons tant géographiques qu’historiques ou même climatiques ; il est aussi l’un des plus agréables à vivre. J’y ai passé plusieurs années, d’une manière intermittente, aussi me sens-je un peu concerné par la question de la présidentielle. Je la trouve intéressante à plus d’un titre, même s’agissant d’un état méconnu de nos chancelleries, au PNB des plus modestes. On va savoir pourquoi.

Tout d’abord, le Pérou est un pays modèle. Il en a depuis longtemps terminé avec le terrorisme du Sentier lumineux comme avec l’inflation. Le budget est excédentaire comme dans tous les pays de l’Amérique latine, devenue infiniment plus sérieuse que les grossiers qui la grondent, fussent-ils états-uniens ou européens. La balance commerciale est aussi excédentaire, car, contrairement aux USA ou à la France, le Pérou et l’Amérique du sud ont quelque chose à vendre ; en quelques années, de Piura à Arequipa, j’ai vu d’impressionnants progrès qui, d’ailleurs, n’ont pas défiguré le pays. Face à la débâcle américaine qui se confirme, on essaie ici comme ailleurs de soutenir le dollar en en achetant beaucoup : et on joue toujours plus la carte chinoise.

La vie politique est intéressante au Pérou car la presse y est beaucoup plus libre qu’en Europe ou, bien sûr, en France. Les journaux sont des entreprises commerciales, non des distributeurs de bonnes ou mauvaises nouvelles entre les mains de quelques oligarques ou marchands d’armes.

La campagne présidentielle, le président socialiste sortant, d’ailleurs très bon, ne se représentant pas, oppose trois candidats passionnants.

Le premier est la fille Fujimori, ce qui confirme l’importance de l’hérédité maintenant en démocratie. Le père était jugé récemment comme tout le monde pour crimes contre l’humanité etc., parce qu’on lui reprochait l’éradication trop brutale du Sentier lumineux, mais l’électeur de la rue ou de la campagne ne s’en est pas laissé compter.

Le deuxième est le nationaliste Ollanta Humala, un militaire, détesté par les médias, adoré par le peuple, surtout bien sûr celui si attardé de ma belle selva et de mes chères sierras. Il vient d’Ayacucho, fief historique et culturel du vieux Pérou. Il s’est déjà présenté en 2006 et a été battu de justesse au deuxième tout par Alan Garcia, intellectuel francophone qui est resté profondément impopulaire après sa première présidence de la fin des années 80. Ollanta s’est éloigné du caudillo Chavez, de plus en plus oublié là-bas, et il a recentré son discours, notamment par rapport aux femmes…

Enfin il y avait la cerise sur le gâteau : Pablo Kuczynski, fils d’immigrant polonais, né par hasard près d’Iquitos, élevé dans les pays anglo-saxons, bien délocalisé, détenteur de la nationalité américaine, et homme de main de compagnies minières américaines et associé de la fameuse banque Kuhn & Loeb, celle-là même qui avait financé la révolution russe de 1917. Favori de Wall Street, il se prévalait en tant que ministre des finances du bon bilan de la présidence Toledo au début des années 2000, quand tous les pays latinos ont commencé d’être bien gérés. De toute manière, à 74 ans, on se demande ce qu’il venait faire là, face à deux candidats jeunes et dynamiques porteurs de projets plus novateurs.

Kuczynski a bien sûr perdu au premier tour, et il laisse le champ libre à deux candidats sulfureux susceptibles de déplaire aux oligarques et aux médias français. C’est la peste et le choléra, Charybde et Scylla, le socialisme et le nationalisme, etc.

Le Pérou offre ainsi le paradoxe d’être à la fois un pays bien géré, avec croissance et équilibres, et mécontent. C’est un pays complexe qui refuse de devenir la démocratie ennuyeuse que réclamait en ricanant le prix Nobel libéral-libertaire Vargas Llosa, lui aussi milliardaire expatrié, détenteur d’autres nationalités et soucieux de respectabilité (surtout quand il s’agit d’apporter son soutien médiatique au partouzeur nazillon Oswald Mosley).

Dans sa prospérité relative, ce pays souligne sa volonté d’une dynamique de changement, voire de rupture avec le modèle économique ambiant. On verra ce que l’avenir réservera à ce fascinant pays, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’entre lui, la France ou l’Islande, on assiste dans une certaine mesure à un réveil des nations irritées et humiliées par la mondialisation toute-puissante et ses exaspérantes et incompétentes élites.

« Les nations se sont irritées, et votre colère est venue, ainsi que le moment de juger les morts, de donner la récompense à vos serviteurs, aux prophètes, et aux saints, et à ceux qui craignent votre nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre. » Apocalypse, 11, 18.

2 commentaires - Ecrire un commentaire


Recevez gratuitement
la version papier,
pendant 4 semaines !

Cliquez ici

En bref



Plan du site