Gizardin Henri - vendredi 01 juillet 2011
medias, afghanistan
Les médias réagissent aux évènements de société ou humains en les observant avec des lunettes à double foyer !
Ils focalisent soudain comme des myopes sur des individus clairement identifiés quand, dans le même temps, des foules d'anonymes qui subissent des catastrophes ou accidents de la vie n'emplissent que leurs diagrammes à statistiques !
3000 morts sur les routes en 2010 c'est 4,6% de moins que l'année précédente ! Qui a eu la vie sauve ? Quelle est l'une de ces victimes humaines dont le corps déchiré et sanglant a été porté à la morgue et au débit affectif d'une famille ? Les motards s'insurgent contre une « répression » étatique. Ils devraient montrer les spots (trop rares) de la Prévention routière à leurs enfants, parents ou épouses !
Le « 62ème soldat » français est mort en Afghanistan ! La statistique croissante sert davantage à dramatiser, en filigrane, la présence française dans le conflit qu'à rapporter le drame individuel et celui, collectif, de ses camarades d'opérations. Si l'on présente la photo, vite oubliée, du combattant décédé, c'est pour souligner de façon convenue la « jeunesse » du soldat, et en quelque sorte une fragilité de victime. C'est oublier qu'il n'y plus que des engagé(e)s volontaires dans les forces armées. Mais Florian Morillon, âgé de 20 ans, sera aussi vite oublié que ses prédécesseurs malchanceux !
Lui et ses camarades infortunés n'ont toujours pas trouvé la stèle refuge qui devraient leur assurer un peu de postérité à défaut de compassion. Le « monument aux morts » n'est plus à la mode dans un monde accroché aux éruptions du présent. À tel point que la Halde en étudie la réaffectation à des causes modernes et plus colorées*.
En revanche, depuis 538 jours, le clairon médiatique sonne plusieurs fois par jour devant la photos des deux otages journalistes des talibans. Sont-ils plus méritants ou précieux que toutes ces victimes sans visages décimés en Libye, en Syrie ou sur nos routes ? Ou que les 3 000 handicapés que les brigands de la route, violeurs de vie, abandonnent au bord du chemin ?
Il est vrai que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière avaient rendu leur reportage avant d’être enlevés, alors que Florian Morillon n'avait pas encore gagné la guerre...
Henri Gizardin
*(Rapport sur la question attendu pour novembre 2011)
http://target2007.typepad.fr/hgizardin/
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