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Les lycéens paieront les retraites de ceux qui les manipulent


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Menou Pierre - lundi 18 octobre 2010

greves, parti-socialiste

Les lycéens paieront demain au prix fort les retraites des responsables des partis de gauche et des syndicats qui les poussent aujourd’hui dans la rue.

« Les manifs de lycéens dérapent », titre le quotidien gratuit Métro du 15 octobre, qui ajoute en sous-titre : « Les manifestants espèrent un assouplissement de la réforme des retraites ».

De qui se moquent les journalistes ? Il est impossible de soutenir sans mauvaise foi que les lycéens poussés aujourd’hui dans la rue par des organisations politisées connaissent si peu que ce soit le contenu de la réforme et la problématique des retraites en France. J’affirme même, sans risque de me tromper, que l’immense majorité des jeunes manifestants sont incapables de décrire le système français de retraite, voire d’expliquer en quoi consiste le système par répartition.

Les jeunes défilent et manifestent aujourd’hui parce que la manifestation, quelle qu’elle soit, est présentée et vécue comme une fête, un monôme, une sorte de passage de la ligne hier estudiantin, aujourd’hui lycéen, en attendant mieux : voilà quelques années, les enseignants d’une école primaire de la ville de Grâce apprenaient aux bambins, dans la cour de récréation, à défiler en brandissant des banderoles et en criant des slogans. A défaut de l’orthographe, la gréviculture, en France, s’apprend très jeune.

Un numéro du magazine Monde et Vie paru le 20 septembre s’intéressait, par la plume de Jacques Cognerais, aux organisations lycéennes, présentées comme « des pépinières de militants et de cadres » du Parti socialiste, « formés dès leur plus jeune âge à l’agit propre, à la manif et à la grève ».

Un excellent tremplin politique

« Ces "syndicats", écrivait Jacques Cognerais, sont des créations socialistes ou, plus précisément, émanent de deux courants du PS : celui de Julien Dray, transfuge de la Ligue Communiste Révolutionnaire et fondateur de SOS-Racisme, qui dans la foulée de cette dernière association, a lancé en 1987 la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne) ; et celui de Benoît Hamon, actuel porte-parole du PS, lançant l’UNL (Union nationale lycéenne) en 1994. (…)

« Ces organisations lycéennes, sœurs et rivales à la fois, fournissent des cadres (à défaut de bataillons) au principal "syndicat" étudiant de gauche, l’UNEF, et par la suite au Parti socialiste. On trouve désormais des députés socialistes originellement issus de la FDL sur les bancs de l’Assemblée nationale, comme Delphine Batho, élue en juin 2007 dans la deuxième circonscription des Deux-Sèvres en remplacement de Ségolène Royal. »

Monde et Vie cite également les cas de :

  • François Delapierre, président de la FIDL en 1988-89, devenu par la suite secrétaire général de SOS-Racisme, puis proche collaborateur de Jean-Luc Mélenchon, avec lequel il a participé à la fondation du Parti de gauche ;

  • Léa Filoche – fille du socialiste Gérard Filoche, un ancien de la LCR –, qui présida elle aussi la FDL de 1996 à 1998, milita à l’UNEF devint membre du bureau national du Mouvement des jeunes socialistes, puis Conseiller de Paris au sein de la municipalité de Bertrand Delanoë ;

  • Michaël Delafosse, président de l’UNL de 1994 à 1997, aujourd’hui maire-adjoint PS de Montpellier ;

  • Benjamin Vételé, président de l’UNL de 1999 à 2000, puis ancien vice-président de l’UNEF, devenu adjoint au maire PS de Blois ;

  • Constance Blanchard, présidente de l’UNL en 2004-2005, candidate PS aux dernières municipales dans le XXe arrondissement de Paris…

En somme, le militantisme lycéen représente un excellent tremplin politique pour les jeunes socialistes ambitieux.

Une politique doublement cynique

« L’intérêt de ces syndicats lycéens est donc double pour le Parti socialiste, poursuit Jacques Cognerais : leur existence lui permet, d’une part, de manipuler les lycéens afin de les faire descendre dans la rue ou bloquer les établissements d’enseignement secondaire quand il l’estime nécessaire ; et, d’autre part, de repérer des cadres et de les former très jeunes aux méthodes d’action (voire de subversion) syndicale et politique. »

Comme on le voit aujourd’hui, et comme on l’avait déjà vu lors des manifestations contre le CPE, sous le gouvernement Villepin, la manipulation des jeunes dépasse à l’occasion le cadre de la protestation interne à l’Ecole.

La gauche, en faisant « donner » les lycéens, fait doublement montre de cynisme :

  • d’une part, parce que la présence quasi-systématique de casseurs dans les rangs des manifestants expose ces derniers à se faire racketter par la racaille ou matraquer par la police – à cet égard, on a vu avec quelle précipitation l’ancien ministre Dominique Voynet, maire « Vert » de Montreuil, et certains médias ont exploité la nouvelle que, lors d’affrontements avec les policiers qui se sont déroulés dans cette ville de la banlieue parisienne, un élève avait été blessé par un tir de flash-ball. J’aimerais être sûr que tout le monde, à gauche, se désolerait d’une nouvelle bavure à la « Malik Oussekine »…

  • D’autre part, parce que les responsables des partis de gauche et des syndicats savent très bien que la réforme a minima concoctée par le gouvernement ne suffira même pas à rétablir l’équilibre financier du système de retraites – et qu’en définitive ce seront les jeunes appelés à défiler aujourd’hui qui en feront les frais.


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