Rouxel Jean - dimanche 03 octobre 2004
Il suffit de fréquenter quelques parlementaires pour être frappé par la distance schyzophrénique entre leur liberté de parole privée et la prudence de leurs propos publics. Plus encore : par la lucidité qu’ils ont souvent sur les affaires publiques, de pair avec un conformisme à toute épreuve dans leur comportement politique. Ce qui les amène à voter des deux mains des textes dont ils disent pourtant le plus grand mal dès qu’ils ont quitté l’hémicycle… Or, considérés individuellement, ces hommes et ces femmes, de droite comme de gauche, ne sont certainement pas moins courageux que la moyenne des Français. Il faut donc chercher des raisons objectives à leur pusillanimité. L’observation attentive du passage du gouvernement Raffarin II à Raffarin III, suivi par les élections européennes puis sénatoriales de dimanche dernier, est à cet égard instructive. Car, au-delà de l’évolution dans un sens ou dans un autre du corps électoral, du grand balancier politique, on a assisté, parallèlement, à une vaste opération de reclassement du personnel. Avec Jacques Chirac, la règle non écrite mais néanmoins intangible est qu’un politicien a un droit absolu à être reclassé dans l’une ou l’autre des maisons de retraite de la République, à la seule condition de lui avoir été fidèle jusqu’au bout. À ce jour, tous les ministres évincés du gouvernement Raffarin, dans sa version précédente, ont été reclassés. Le Docteur Jean-François Mattéi a été nommé conseiller d’État, le préfet Pierre-André Wiltzer a été nommé ambassadeur « en mission », Jean-Jacques Aillagon comme Luc Ferry viennent d’entrer au Conseil économique et social tandis que Francis Mer, 65 ans, a récolté différentes missions temporaires… François Mitterrand avait d’ailleurs exactement la même conception de la vie politique. Et la gauche, autant qu’elle le peut, a exactement la même pratique. Elle a reclassé au Sénat aussi bien Robert Hue que Dominique Voynet. Le retour de Charles Pasqua, 77 ans, au palais du Luxembourg, est équilibré par le renouvellement du socialiste Robert Badinter, 78 ans… Le système politique français, au point de dévoiement où il est maintenant arrivé, permet à tout politicien professionnel de vivre, quasiment jusqu’à la fin de ses jours, non seulement de l’argent public, très confortablement, mais encore sous les ors des palais de la République. À cela une seule condition est mise : ne pas cracher dans la soupe. Et donc mettre une sourdine à toute critique un peu sévère. Votez comme on vous le dit. Sinon, on vous lâche…
5 commentaires - Ecrire un commentaire
|