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Les musulmans d’Europe à l’heure du choix


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Godefridi Drieu - dimanche 28 novembre 2004


Trois voies s’offrent aux musulmans d’Europe : la réforme, l’apostasie et la violence.
Le moment est venu de renoncer à la proposition politiquement correcte selon laquelle l’islam est compatible avec les valeurs des sociétés européennes. Cette proposition est fausse. Du statut d’infériorité de la femme à l’absence de séparation de la religion et de l’État, les éléments d’opposition sont nombreux. Mais l’incompatibilité est en vérité beaucoup plus profonde. Contrairement au catholicisme, l’islam n’est pas seulement un projet religieux ; c’est un projet global, tout à la fois religieux, moral, politique, économique, culturel. Ces différents aspects, dont la distinction nous semble aller de soi, l’islam ne les distingue pas.
L’islam - Coran, sunna, fiqh - se présente comme un ensemble de normes ayant vocation à régir tous les aspects de la vie humaine. L’idée même d’une source normative extra-islamique est incongrue.
Global dans son objet, l’islam est également mondial dans son ambition. L’historien et directeur de recherche au CNRS Jean Flori a bien montré, dans son ouvrage « Guerre sainte, Jihad, Croisade » (Paris, Seuil, juin 2002), que la connotation belliqueuse de l’islam s’est affirmée avec de plus en plus de force pour déboucher sur une « conception conquérante et totalitaire » (p. 108). Avec le prix Nobel de la paix Taslima Nasrin, il faut affirmer clairement que, si beaucoup de musulmans sont pacifiques, l’islam n’est pas une religion pacifique. Le problème n’est pas seulement l’intégrisme musulman, mais l’islam lui-même.
Ce n’est pas à dire que l’équation islam = islamisme soit exacte. Il y a, dans la nébuleuse islamiste, beaucoup d’hommes et de concepts qui relèvent davantage de la pathologie que de la religion. Mais l’idée que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam est tout aussi erronée. Lorsqu’Oussama ben Laden et ses épigones visent à l’installation d’un califat islamique mondial, ils respectent la lettre et l’esprit de l’islam.
La nouvelle trahison des clercs européens consiste à nier cet aspect de l’islam, au motif que la pensée islamique ne s’y résume pas. Le jihad est cardinal dans la pensée islamique sunnite ; les shiites ont été jusqu’à l’investir de la dignité de pilier de l’islam. Jihad signifie guerre sainte - non seulement juste, mais sainte - visant à étendre le règne islamique à tout le genre humain. Ce ne sont pas quelques variations minoritaires sur le thème du jihad intérieur, dans la remarquable tradition soufie, par exemple, qui doivent masquer cette réalité.
L’histoire récente nous a appris qu’il faut toujours prendre au sérieux les textes sur lesquels se fondent les ennemis de la démocratie et de la liberté.

Trois options
pour l’islam européen


Confronté à ces éléments de réelle incompatibilité entre son corpus théorique et la société européenne, l’islam européen possède trois options : s’oublier, réformer ses principes ou tenter de plier l’Europe à ses principes.
D’apostasie (laïcisation des élites musulmanes européennes et renoncement à l’islam) ou de réforme de l’islam, on serait bien en peine de déceler les premiers frémissements. C’est vers la confrontation que se dirige une frange de plus en plus active de musulmans européens.
Le tragique de ce choix est d’abord intellectuel : l’idée qui consiste à penser que tout ira mieux pour les musulmans lorsqu’ils auront renoué avec « l’islam véritable » institue en remède la cause même de la déchéance. Si les musulmans du monde entier vivent une situation d’infériorité économique, culturelle et politique, c’est d’abord parce qu’ils sont restés fidèles à un ensemble de normes non réformées depuis mille ans.
Il faut initier une réforme de l’islam ; il faut rouvrir les « portes de l’interprétation » closes il y a mille ans. Cette tâche incombe en priorité aux musulmans eux-mêmes. Il est temps de s’y atteler.
Les élites politiques européennes devraient, quant à elles, créer les conditions favorables à cette réforme, en offrant des perspectives d’avenir aux jeunes issus de l’immigration. C’est-à-dire une alternative aux sirènes de l’islamisme. Ce qui suppose de renouer avec une franche croissance économique. Cramponnée sur des régimes sociaux morbides, l’Europe est paralysée. Une société immobile, stagnante n’a rien à offrir à sa jeunesse.
Réforme théologique + croissance économique : telle est la réponse libérale à l’islamisme.
Apostasie, réforme ou violence : « Le choix leur appartient », écrit l’orientaliste britannique Bernard Lewis. Puissions-nous encourager les musulmans d’Europe, par des réformes économiques, sur le chemin de la réforme théologique.

Drieu GODEFRIDI
Fondateur et directeur de l'Institut Hayek http://www.fahayek.org/


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