Lassieur Pierre - mardi 01 février 2011
religion
Je feuilletais ces jours-ci le catalogue d’une grande librairie catholique. Surprise : à la page intitulée « Les Saints », on rencontre certes une biographie de ste Thérèse de Lisieux par son spécialiste, Mgr Gaucher, une vie de ste Jeanne de Chantal, grand-mère de Mme de Sévigné, un ouvrage sur Ignace de Loyola et un portrait « dépoussiéré » du curé d’Ars par Mgr de Berranger, évêque bien connu pour ses sympathies de gauche, mais la liste des grands mystiques, curieusement, s’arrête là.
Quoi qu’il en soit, les mystiques, s’ils n’ont pas été choisis en nombre suffisant par cette librairie, l’ont été par Dieu, qui les a dotés de charismes capables de prouver leur relation intime avec le monde invisible.
Or, depuis le XVIIIe siècle, le développement scientifique a changé les façons de penser de beaucoup d’individus. Les mots « foi », « croire », « croyant », qui sont des mots faibles, ont paru dévalorisés face au mot « savoir ». « Je crois que demain il fera beau » n’a pas la force d’expression de « Je sais qu’avant-hier il pleuvait. »
Simultanément, tout ce qui est moderne s’est mis à paraître plus intéressant que ce qui est ancien. Jusqu’au XVIIe siècle, on se référait aux Anciens avec le plus grand respect. Depuis, ce respect a fondu progressivement, pour laisser place aux Modernes. Les grands écrivains anciens ont presque disparu des programmes scolaires, remplacés par des contemporains d’une valeur douteuse.
Le christianisme doit donc lutter sur deux fronts : celui de l’ancienneté et celui de la science.
Que cela plaise ou non, Jésus, en tant que personnage inséré dans l’histoire, s’éloigne de nous, et cet éloignement sert d’argument à ceux qui refusent de le reconnaître. En effet, les miracles qu’on rencontre dans les Évangiles, il faudrait, pour qu’on les admette, une fiabilité parfaite du témoignage qu’interdiraient l’ancienneté des textes et le manque de rigueur scientifique de leur époque.
Or, il se trouve qu’on rencontre des faits tout aussi extraordinaires dans la vie de grands mystiques modernes sur lesquels nous sommes parfaitement renseignés. Par exemple, on connaît aussi bien la vie de st Jean Bosco que celle de son strict contemporain, Victor Hugo. C’était un prêtre joyeux qui a passé toute son existence à secourir les adolescents de Turin en péril de délinquance. En amitié avec le monde divin, il a été favorisé de manifestations mystiques d’ordre physique, c’est-à-dire objectives et observables par autrui. Notamment des multiplications d’aliments se sont produites à plusieurs reprises entre ses mains, lorsqu’il fallait nourrir les quatre cents élèves de son pensionnat. On a ainsi observé une multiplication des pains qui évoque irrésistiblement celle des Évangiles.
Bien entendu, cela est incroyable, mais c’est néanmoins vrai. Cependant, on en parle peu, car l’esprit humain préfère de beaucoup des erreurs auxquelles il est habitué à des vérités dérangeantes. Sont dérangés en la matière les héritiers du siècle des Lumières d’une part et, d’autre part, les chrétiens persuadés qu’aucun argument nouveau n’est nécessaire.
Peut-on penser que Jésus aurait été incapable de ce que ses lointains disciples ont vu se réaliser entre leurs mains à l’invocation de son nom ? La vie et les actes de certains grands mystiques modernes satisfont donc à une double exigence : celle de la proximité dans le temps, propice à des témoignages précis, et celle de l’objectivité des faits.
Néanmoins ces faits ne sont pas à la mode. Voilà de nombreuses années, j’avais voulu me documenter sur un mystique italien du début du XIXe siècle dont on ne trouvait pas la biographie en français. Un ami me l’a procurée en italien : on pouvait lire sur la quatrième page de couverture « Sans les miracles. » Au mépris de l’impartialité, l’auteur semblait fier d’avoir expurgé le livre des miracles que le saint homme avait vu se produire sous ses yeux ! C’est une attitude courante aujourd’hui.
On assiste à une espèce de protestantisation larvée du catholicisme. Est-ce un grand changement qui s’amorce ? L’Église de France, qui a toujours été un peu à part, est particulièrement progressiste. Contemple-t-elle avec quelque mélancolie la grande diminution de son influence et regarde-t-elle avec envie les protestants dits évangéliques en train de se multiplier à travers le monde à la vitesse grand V ?
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