Courrier - vendredi 11 mars 2011
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En décryptant l’émission À vous de juger sur France-2 (le 3 mars), on voit tomber les masques et le doute est levé quant aux intentions cachées des invités du plateau d’Arlette Chabot.
Bernard Kouchner tout d’abord est interrogé. On apprend qu’il « va bien »… Ouf, nous voilà rassurés ! En revanche, pour connaître la vraie raison de son départ du gouvernement, il faudra attendre « une autre fois »…
En ce qui concerne l’immigration clandestine, Dominique de Villepin y va de sa langue de bois, toujours très politiquement correcte, et reconnaît qu’il « faut agir rapidement ». Il se garde cependant bien de proposer une solution, si ce n’est « une réunion pour le 11 mars » ! Remettre à demain ce qu’il faut faire aujourd’hui semble être sa devise.
François Bayrou, interrogé, préfère, lui, relever une « petite phrase » de Kouchner, qu’il qualifie de « terrible ».
Puis, Pierre Moscovici entre en scène et nous informe qu’il « accorde sa confiance aux peuples arabes ». Il souhaite « accompagner le printemps arabe » et estime « qu’il n’y a pas à l’heure actuelle de menace de flux migratoire »… Enfin, il émet le vœu « qu’on aide ces pays à se développer ». Comme s’il ignorait que cela se fait en vain depuis plus de quarante ans !
Rama Yade est en duplex (comme Marine Le Pen). Elle explique que si elle avait accordé le « bénéfice du doute » au colonel Kadhafi, elle avait « perdu ses illusions ». On n’en doute pas un instant !
Jean-François Copé prend à son tour la parole et estime lui, que le « risque migratoire incontrôlé existe » et, fidèle à sa longue pratique de la langue de bois, ajoute que « nous devons tout faire au niveau européen ». Exit donc toute solution au plan national !
Marine Le Pen pense au contraire que « nous sommes en face d’un risque migratoire majeur » et que la solution passe par l’article 2.2 de la convention Schengen : « Il faut suspendre la libre circulation à nos frontières » propose-t-elle…
Chacun sur le plateau sait en effet fort bien - mais chuuut ! - que les immigrés clandestins ne font que transiter à Lampedusa ou aux Canaries : leur destination finale est bien la France et la Grande-Bretagne ! Marine Le Pen souhaite donc qu’un message fort soit adressé aux pays-passeurs (passoires ?) afin de les inciter à renvoyer les irréguliers d’où ils viennent. Elle rappelle en outre que les pays arabes sont « immensément riches et pourraient de ce fait venir en aide à leurs frères »plutôt que de laisser cette tâche aux Européens.
Dominique de Villepin estime lui, que « ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée est une chance pour nous » et ajoute sans rire que « le risque d’immigration incontrôlée est faible ou inexistant » ! On croit rêver…
François Bayrou rappelle alors que « les nationaux des pays libérés devraient rester chez eux pour reconstruire leur pays plutôt que de le déserter » et apporte ainsi un soutien inespéré à Marine Le Pen !
Pierre Moscovici en remet une couche en réaffirmant que « le risque d’immigration massive est aujourd’hui faible » et que c’est même « un risque virtuel » !... Il propose SA solution : « une consolidation de la démocratie dans ces pays » : vaste programme !
Dominique de Villepin poursuit et défend alors l’idée que « nous devons assurer la transition afin d’aider ces pays à accéder à la démocratie »… Il est sans doute persuadé que TOUS les pays arabes aspirent à une démocratie calquée sur celles des pays occidentaux. Rien n’est moins sûr ! Il faudrait peut-être le lui dire.
Jean-François Copé trouve que le débat sur la place de l’islam en France doit être « celui de la vérité », et fixe rendez-vous aux Français le 5 avril : « il aura alors des propositions»… Il faut donc s’armer d’un peu de patience pour connaître (enfin !) les propositions de l’UMP…
Marine Le Pen, quant à elle, n’a visiblement pas le temps d’attendre, et regrette les circonvolutions de Copé. Elle rappelle que le problème est très clair : « ce sont des groupes de religieux fondamentalistes qui veulent soumettre les lois de la république à celles de l’islam »… Jean-François Copé l’accuse alors d’être « agressive, de s’énerver et de hurler ». Malheureusement, sa tranquille assurance du moment tend à démontrer plutôt le contraire. Il poursuit cependant : « Mme Le Pen, vous êtes dans l’incantation ; nous sommes dans l’idée de trouver des solutions ».
Marine Le Pen reste sereine et l’invite plutôt à « appliquer la loi de 1905 au lieu de tenter de l’adapter aux exigences de l’islam »… Et elle le met au défi : « Empêchez les prières dans les rues, réintroduisez le porc dans les cantines, supprimez les horaires aménagés dans les piscines etc.. » !
« C’est ce à quoi nous allons travailler dans les mois qui viennent », répond Copé… Et hop, on remet une fois de plus au lendemain ce qui est urgent !
Marine Le Pen persiste : « Vous êtes au pouvoir depuis neuf ans et vous avez laissé cette situation se dégrader »…
François Bayrou estime alors que « TOUTES les religions sont compatibles avec la démocratie ». Il indique en outre que si l’on « construit aujourd’hui des lieux de cultes un peu partout en France, c’est en adaptant la loi de 1905 » et il rappelle qu’en 1905 les Musulmans n’étaient « pas (encore !) présents en France »…
Pierre Moscovici souhaite également « adapter la loi de 1905 aux exigences musulmanes », et nous apprend qu’il y a « des moyens détournés pour trouver de l’argent afin de construire les mosquées »…
Dominique de Villepin reprend alors la parole et affirme : « Nous avons 2000 mosquées en France et nous avons besoin de 1000 de plus ! »… et il poursuit : « les musulmans sont obligés de faire la prière dans la rue », oubliant au passage que les femmes musulmanes sont absentes des prières de rues : elles prient en effet chez elles ! Il n’y a donc à l’évidence aucune obligation pour un Musulman à prier dans la rue. Dominique de Villepin persiste cependant et signe : « Une trentaine seulement de mosquées disposent de minarets, et encore de petits minarets »… Que ne ferait-il pas pour s’assurer l’électorat musulman ?
C’est clair, il est en campagne ! Copé affirme de son côté « qu’il n’y a rien de mal à mettre les pieds dans le plat », mais il aura lui SES solutions « le 5 avril »… En attendant, circulez, y’a rien à voir ! Il rappelle pourtant que certains comportements sont inacceptables : « ce qui se passe dans nos hôpitaux où des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par des médecins hommes est inacceptable »… Il demande en outre « que les prêches d’imams soient en langue française ».
Dominique de Villepin dévoile alors sa vraie préoccupation : « Marine Le Pen faisait 10 à 12 %, et elle est aujourd’hui à 18, 20 % »… Copé lui rappelle que si « on » refuse d’évoquer les questions sensibles, « d’autres » le feront… Il faut donc, non seulement les évoquer, mais y apporter des solutions.
Rama Yade craint, quant à elle, que « les 6 millions de musulmans de France se retrouvent assignés à résidence en raison de leur religion », et pose la question du financement des lieux de cultes : « On n’a pas à laisser Marine Le Pen occuper un espace important », estime-t-elle… « Tout le monde est contre les prières de rue y compris les musulmans ; ça ne les amuse pas du tout de prier dans la rue », affirme-t-elle encore.
Dominique de Villepin tempête alors : « ce débat est mal parti et n’arrivera qu’à des divisions supplémentaires ». Il suggère « une commission de sages » : une de plus !
Bayrou indique de son côté que « toutes les églises de France sont réparées par l’argent public et qu’il faut trouver une solution pour que cela soit identique pour les mosquées »…
Marine Le Pen rétorque : « la loi de 1905 est quotidiennement violée ; les mosquées sont financées sur les impôts des contribuables », et poursuit : « Monsieur Bayrou sait bien que si les églises sont réparées par les deniers publics, c’est qu’elles appartiennent au patrimoine. Les mosquées doivent être financées par les fidèles et si un financement vient de l’étranger, ce pays doit permettre au nom de la réciprocité l’édification d’églises sur son sol : sans cela, pas de mosquée en France ! »…
Jean-François Copé explose et accuse Marine Le Pen « d’agiter en hurlant un chiffon rouge pour faire peur »… Bayrou en profite pour appuyer (on rêve !) Marine Le Pen dans son combat pour le respect des chrétiens en pays arabe, ainsi que pour le principe de réciprocité sur le financement des mosquées… Il va même jusqu'à rappeler que « dans certains pays, on est tué pour avoir osé se convertir à une religion autre que l’islam »...
Un profond malaise ressort de ces deux heures de débat. Tout ça sonne faux. Et si des prises de position ont été affirmées, c’est assurément au nom du politiquement correct. À l’évidence, les protagonistes voient bien le danger, mais il leur est impossible de l’avouer… Les sondages donneront donc prochainement le ton, et l’anonymat des urnes fera le reste en 2012.
CdO
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