Trémeau Bernard - dimanche 13 février 2005
Une merveilleuse statistique de l’INSEE vient de sortir. Les prix de la grande distribution baissent dès l’automne 2003. La loi Royer datant des années 1970 limitait très fortement l’installation des grandes surfaces en France. Elle a été votée pour protéger les petits commerçants de la concurrence des grandes surfaces, capables de vendre le même produit à un prix bien inférieur. Le gouvernement a donc volontairement pris une mesure obligeant tous les consommateurs à payer plus cher ce qu’ils achetaient, pour permettre aux petits commerçants de survivre. Puis, petit à petit, les grandes et les moyennes surfaces se sont installées, la concurrence est intervenue entre les différentes formes de commerce. Les prix ont baissé. Pour survivre, les petits commerçants ont dû offrir à leur clientèle des services que la grande surface ne pouvait offrir. La loi Galland date de 1996. Elle empêche les grandes surfaces d’exercer de trop fortes pressions à la baisse des prix sur leurs fournisseurs, paysans, coopératives ou petits industriels de l’agroalimentaire. Curieuse coïncidence, à partir de la mise en application de la loi Galland, les prix de la grande consommation commencent à augmenter de plus en plus rapidement, atteignant une inflation de 2,3 en juin 2003, inflation plafonnant ensuite quelques mois pendant l’été 2003. Puis, à partir d’octobre 2003, l’inflation commence à régresser. Elle tombe ainsi spontanément à 1,1 % en juin 2004. Nicolas Sarkozy intervient alors, le 17 juin 2004. Il contraint les grandes surfaces et leurs fournisseurs, les industriels de l’agroalimentaire, à signer un accord de baisse des prix. Accord modifiant en partie la loi Galland et permettant à la concurrence d’agir à nouveau avec un peu plus d’efficacité. La régression de l’inflation s’accélère nettement et survient même, dès octobre 2004, une baisse des prix qui atteindra 0,4 % début 2005. Par la contrainte qu’il a imposée, Nicolas Sarkozy a accéléré un phénomène qui s’était mis en marche six mois plus tôt. Il est arrivé au bon moment pour permettre au marché de défendre le consommateur.
Les politiques et la concurrence
Autre point que l’on peut tirer de l’étude de l’Insee, la baisse des prix dans les grandes surfaces est consécutive à une régression du chiffre d’affaires, alors qu’il existe dans les petits magasins une augmentation de l’activité associée à une inflation de 0,5 %. Une partie suffisante de la demande s’est déplacée des grandes surfaces vers les magasins de proximité, créant une déflation chez les uns et une inflation chez les autres. Tous ces chiffres indiquent d’abord que, quand les responsables politiques mettent en place une loi réduisant la concurrence, immédiatement les prix grimpent. La loi Galland a voulu favoriser les fournisseurs des grandes surfaces. Nous payons tous cette faveur avec l’inflation que la loi Galland a déclenchée. Les fournisseurs des grandes surfaces remercieront le gouvernement qui leur a fait cette faveur et l’ensemble des consommateurs ne sait pas que c’est la loi Galland qui lui fait payer un peu plus cher tout ce qu’ils achètent. Du fait des multiples informations dont il dispose, depuis un an environ, l’ensemble des consommateurs a tendance à moins acheter dans les grandes surfaces et à plus acheter dans les petits magasins de proximité. L’augmentation du prix de l’essence est peut-être un des éléments responsables de ce glissement vers le commerce du centre-ville… Cette petite histoire des prix à la consommation montre que les interventions des hommes politiques contraignent finalement toujours l’ensemble de la population à payer la faveur qu’ils viennent d’accorder à une petite catégorie de leur électorat. L’inflation est un impôt indolore… Il est préférable de laisser le marché satisfaire au mieux les désirs des consommateurs.
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