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Les progrès de la VIe République


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Thieulloy (de) Guillaume - dimanche 26 décembre 2004


Longtemps, les commentateurs politiques ont affirmé que la Ve République était enfin le régime stable qui convenait à la France et aux Français, après bien des balbutiements dans l’apprentissage de l’art démocratique.
Cette période est manifestement révolue. Il est au contraire de bon ton, à gauche et à droite, dans les amphithéâtres des facultés comme dans les salles de rédaction, de dire que le régime est à bout de souffle.
Au demeurant, la constitution de 1958 avait été si souvent remaniée, y compris pour des modifications infinitésimales, que l’argument de la permanence ne paraissait guère convaincant !
Il est en tout cas frappant de constater que ce ne sont plus les partis « marginaux », l’extrême droite ou l’extrême gauche, qui critiquent la constitution. Aujourd’hui, les critiques les plus sévères sont, si l’on ose dire, les « marginaux » des partis majoritaires : l’UDF pour la droite et des hommes comme Arnaud Montebourg pour la gauche.
Le débat sur les bienfaits ou les méfaits de cette constitution peut donc à nouveau se tenir, sans crainte excessive de la statue du commandeur que constituait, jusqu’à une date récente, le souvenir de l’homme de Colombey.
Cette personnalisation de la Ve République et son lien organique avec le général de Gaulle ont sans doute été sa principale force. Tant que le souvenir de De Gaulle était fort, tant que les Français qui avaient connu les années sombres étaient la majorité, on suivait relativement facilement les conceptions politiques du vieux chef d’État.
Aujourd’hui, cette personnalisation est la principale faiblesse de la constitution de 1958. Le nombre des gaullistes fidèles aux idées politiques du général de Gaulle est extraordinairement limité. Par conséquent, le poids politique du gaullisme diminuant, les critiques - pour l’instant indirectes - au gaullisme augmentent sensiblement.
C’est même vrai au sein du parti majoritaire, où l’intégration d’anciens UDF, qui étaient soit centristes, soit issus de la droite antigaulliste (notamment des indépendants), a considérablement changé la teneur du discours : certes, la référence au Général reste d’usage, mais il est clair que ça n’est plus qu’un réflexe et que cela n’a aucune implication doctrinale ou idéologique.
Même parmi les gaullistes « historiques », on reste pantois devant l’évolution des conceptions politiques. Tout se passe comme si le gaullisme n’était plus qu’un anti-libéralisme. Sur la conception de la souveraineté française, en particulier, l’immense majorité des gaullistes est à mille lieues de ce que disait leur maître à penser…
De ce point de vue, la relative marginalisation du « souverainisme », dont les sources idéologiques sont assez proches du gaullisme (en particulier, dans son rejet du clivage droite-gauche), a joué un grand rôle dans la marginalisation du gaullisme et, par conséquent, dans le durcissement des attaques contre la Ve République.
Enfin, les parlementaires réclament de plus en plus la possibilité d’exercer toutes leurs prérogatives - y compris dans la surveillance de l’administration.
Le plus surprenant, c’est que leur demande est fortement relayée par l’un des hommes qui devraient le plus s’y opposer : Jean-Louis Debré, gaulliste archétypique et surtout fils du principal rédacteur de la constitution de 1958.
Ces exigences de contrôle parlementaire de l’administration constituent l’une des voies les plus employées de légitimation pour la profonde réforme budgétaire que l’on nous annonce toujours pour le budget 2006 (c’est-à-dire pour l’année prochaine). Je doute fort, personnellement, que cette fameuse LOLF permette un meilleur contrôle parlementaire que l’ordonnance de 1959, mais il est certain que le Parlement n’a voté unanimement ce texte que parce qu’il était supposé rompre avec la pratique de légiférer par ordonnance (pratique typique de la Ve République) et parce qu’il était supposé redonner le pouvoir aux élus sur les énarques.
Ainsi, par petites touches, assiste-t-on au sabordage de pans entiers de la conception politique qui était à la base de la Ve République : technocratie et création d’une élite administrative, souverainisme, recherche d’une troisième voie entre marxisme et économie de marché, sur le plan intérieur, et entre États-Unis et URSS, sur le plan extérieur…
Les circonstances ont changé. Il est possible que la Ve République ne soit plus adaptée au xxie siècle. Toutefois, rien ne garantit que ce qui suivra sera plus conforme aux intérêts de la France.
D’autant moins que tout se passe comme si chacun retardait au maximum l’heure de l’ouverture des débats, ce qui risque fort de nous mener à une heure où il ne sera plus temps de débattre des améliorations à apporter à la constitution de 1958…

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