Rouxel Jean - samedi 03 avril 2004
La gauche énarchique en peau de lapin l’a donc emporté à plates coutures dimanche dernier parce que les électeurs de droite l’ont délibérément laissée passer (voir la chronique d’Alain Dumait, p. 8).
C’est effectivement, pour Jacques Chirac, un vote-sanction. Comme c’est lui qui est principalement visé, on conçoit qu’il conserve le même premier ministre, lequel, dans le système de la ve république, aujourd’hui dévoyé, n’est rien d’autre qu’un super-chef de cabinet de l’Élysée, recevant ses ordres parfois du chef de l’État mais plus souvent de ses technocrates de conseillers.
On a même appris, par des indiscrétions, que les listes de candidats UMP à ces élections régionales n’avaient, le plus souvent, même pas été concoctées par les dirigeants apparents de ce parti, mais par les vrais patrons de cette machine, qui ont leurs bureaux au premier étage du palais du faubourg Saint-Honoré.
Dans un dialogue quelque peu surréaliste, cheffaillons politiques et fausses gloires médiatiques s’interrogent à perte de vue sur le point de savoir si le Premier ministre paie ou non sa volonté de faire des réformes, si celles-ci étaient insuffisantes ou excessives, si elles étaient justes ou pas…
Comme ce gouvernement n’a engagé, à ce jour, qu’une seule réforme importante, celle du financement des pensions du secteur public, on peut considérer qu’il n’a pas péché par excès de réformes. Et comme cette seule réforme a épargné les privilèges les plus injustes, à savoir ceux des personnels des entreprises publiques, on peut aussi ajouter que l’équité, si chère aux Français, n’a pas été dans ce domaine, bien respectée…
Pour le reste, mis à part quelques aménagements, d’ailleurs pas toujours bienvenus (sur les 35 heures ou les indemnités Assedic…), on a pour l’instant plus parlé des réformes qu’on ne les a faites.
Or, les réformes, si l’on veut en faire - et il est en effet plus qu’urgent de les réaliser, sur les terrains de la dépense publique et sur celui du contrôle de l’immigration, en premier lieu - doivent être menées le plus rapidement possible, afin que leurs effets bénéfiques apparaissent également le plus vite possible. Un chirurgien sait bien qu’il ne faut pas laisser trop longtemps un malade dans l’antichambre du bloc opératoire. Mais encore faut-il qu’il sache comment opérer. S’agissant de Jacques Chirac, il est permis de douter qu’il sache.
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