Dumait Alain - mercredi 16 mars 2011
democratie-directe, le-pen
Un sondage est une photographie de l’opinion à un instant donné. Ce qu’il voit aujourd’hui ne présume pas de ce qu’il verra demain.
Actuellement, le Front national, et son nouveau leader Marine Le Pen, 42 ans, recueillent entre 20 et 25 % des intentions de vote des électeurs français. C’est-à-dire sensiblement plus que ce parti n’en a jamais enregistré.
On se doute que les raisons de cette étonnante progression sont nombreuses, du rejet de Nicolas Sarkozy, 57 ans, par la moitié des électeurs UMP de 2007, à la partie de cache-cache à laquelle se livrent les candidats potentiels socialistes, en tête desquels Dominique Strauss-Kahn, qui aura 62 ans le mois prochain.
Dans l’entourage de Marine, on attribue beaucoup d’importance au « positionnement ». Plus moderne, plus jeune, plus ouvriériste, plutôt islamophobe qu’anti-immigrationniste, plus étatiste et moins libéral, plus proche de la communauté juive. Avec des constantes importantes : sur l’Europe, l’euro, l’atlantisme.
Tout donne à penser que le FN va encore monter dans les sondages. Car le succès vole vers le succès. Et l’on aura aussi remarqué que l’ostracisme dont cette formation était l’objet dans tous les médias se lézarde à toute vitesse. Ce qui est la preuve par neuf qu’il pêche aussi bien à droite qu’à gauche, y compris à l’extrême gauche.
Dans l’état actuel des choses, avec le mode de scrutin débile qui préside à l’élection présidentielle, Marine à toutes les chances d’éliminer le 22 avril 2012, soit le candidat de l’UMP, soit le candidat du PS. Et plutôt celui de l’UMP que celui du PS…
Cependant, il faut bien voir qu’en passant d’un étiage de 10-15 % à un autre de 20-25 %, le vote en faveur du FN change de nature. Dans l’esprit de ses électeurs, il passe d’un parti d’opposition à un parti de gouvernement. Ce qui suppose un « positionnement » sans doute différent.
Partout en Europe, la « droite nationale » a le vent en poupe.
Prenons l’exemple de l’UDC (Union Démocratique du Centre), en Suisse, qui, à neuf mois des élections générales fédérales, est crédité de 30 % des intentions de vote. Son « positionnement » est souvent comparé à celui du FN. Même défense de l’identité nationale, même scepticisme européen. Mais une défense plus affirmée des valeurs traditionnelles (sur la famille) et surtout, un programme économique résolument libéral et pro-capitaliste (sous l’impulsion de Christoph Blocher).
Pour l’instant, le FN a une posture résolument anti-capitaliste.
Or, pour progresser entre les 2 tours de l’élection présidentielle, il doit convaincre les Français qu’avec lui, le pays retrouvera le chemin de la croissance.
C’est possible à 2 conditions :
1) Présenter un programme résolument favorable au développement des PME, seul réservoir d’emplois durables et de création de richesses, et 2) présenter un programme susceptible de remettre d’aplomb rapidement les finances publiques.
Pour ce faire, le FN doit faire des propositions précises pour réduire les dépenses de l’État et de l’ensemble de la sphère publique. Un tel objectif est impossible à atteindre sans une remise en cause radicale du statut des personnels de cette sphère (sept millions de personnes) ! Dont les salaires, charges et pensions représentent 60 % de ces dépenses publiques. Et, puisqu’il s’agit de gagner les élections, pour ensuite gouverner efficacement, il faut dire avant ce qu’on fera, et de telle manière que la majorité des personnes concernées puissent y adhérer.
C’est possible. Plusieurs pays – dont la Suisse – l’ont déjà fait.
S’agissant des agents concernés, ils ne peuvent adhérer à une telle révolution qu’en échange d’un espoir de revalorisation substantielle de leurs salaires (contrepartie de l’abandon de leurs « privilèges »).
Reste l’obstacle des syndicats conservateurs et des groupes de pression non démocratiques. Là, il n’y a pas d’autre solution que le référendum d’initiative populaire. C’est d’ailleurs ainsi que le statut de la fonction publique a été supprimé en Suisse en 2000.
Il n’y a qu’un seul moyen en France de faire passer des réformes importantes, sans passer par le consensus des professionnels syndicalistes experts en blocages. C’est d’avoir recours à la démocratie directe, comme dans presque tous les pays occidentaux (Italie, Allemagne, Suisse, Italie…), et d’interroger directement les citoyens sur la pertinence des réformes.
Marine le Pen a évoqué « la démocratie directe », dans son discours du 16 janvier 2011. Elle doit en faire son cheval de bataille.
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