de Beaufort Hubert - lundi 14 novembre 2011
tunisie
Que d’éloges tant politiques que médiatiques devant les révolutions du Maghreb et du Moyen Orient nous avons entendu ! Ces pays allaient enfin connaître les bénéfices de la démocratie à l’occidentale !
Nous étions bien seuls lorsque nous avions souligné que ces révolutions réclamaient d’abord du pain et du travail, sur fond d’une démographie explosive qui se réfugie dans l’extrémisme islamiste. Nous avions aussi mis en garde contre les dangers de la guerre en Libye qui rappelle à notre sens l’aveuglement occidental face à la révolution iranienne : le Shah renversé a été remplacé par l’imam Khomeiny et le régime des Mollah.
Que dit aujourd’hui le président de l’exécutif provisoire libyen, Moustapha Abdeljalil ? « En tant que pays islamique, nous allons adopté la charia comme loi essentielle et toute loi qui violerait la charia sera légalement nulle et non avenue ».
Le président libyen a cité en exemple la loi sur le divorce et le mariage qui, sous le régime de Mouammar Kadhafi, interdisait la polygamie et autorisait le divorce. Cette loi ne serait désormais plus en vigueur. Il a également annoncé l'ouverture de banques islamiques.
Certes, la France et l’Union Européenne protestent, mais que valent ces mises en garde alors que l’Occident est incapable d’arrêter les persécutions de chrétiens en Irak et en Egypte, sans parler du cas exemplaire d’Asia Bibi, condamnée à mort au Pakistan pour avoir donné un verre d’eau à une musulmane !
Soyons clairs : Kadhafi était un tyran dictatorial et sanguinaire, mais comme Atatürk en Turquie, Bourguiba en Tunisie et le Shah d’Iran, leurs concepts recherchaient une certaine modernité avec l’égalité des femmes et leur libération.
Crise économique et crise géopolitique
Restons lucides : depuis un quart de siècle, nous oscillons entre l’attitude de Ponce Pilate et des Pharisiens si l’on se réfère à l’histoire ancienne, et à celle de Chamberlain et de Daladier si l’on se réfère à l’histoire moderne.
Concernant le présent, penchons nous sur le cas de la Tunisie : Bourguiba la voulait moderne et laïque, en particulier concernant l’émancipation des femmes qui jouissaient et jouissent encore aujourd’hui de droits presque identiques à celles des Françaises. Les élections tunisiennes placent en tête le parti islamiste Ennhada et son leader Rachid Ghannouchi, qui sera le premier parti de la nouvelle assemblée.
A l’étranger et en France, Ennhada remporte 9 sièges !
Quelle sera la Tunisie de demain ?
Que penseront les « compassionnels » devant ces régressions possibles et déjà à l’œuvre dans nombre de pays musulmans ? Nous ne voulons défendre ni les dictatures ni les dictateurs, mais rappelons-nous que certaines de nos élites ont longtemps défendu Staline, Hitler, Mao, Pol Pot au nom du progrès social.
A l’heure actuelle, l’Egypte et la Tunisie voient leur économie entrer en récession et la Libye en ruine doit être reconstruite. Devant un tel contexte et devant une telle incertitude devant l’avenir, qui va investir et que deviendra le tourisme, source d’emplois et de devises ? Ces peuples réclamaient du pain et du travail : si les nouveaux régimes ne répondent pas à ces attentes, nous aurons à la fois de nouveaux totalitarismes, de nouveaux troubles et une très forte poussée migratoire.
Quelle sera la réaction de l’Europe et des Français devant une Méditerranée de 180 millions d’habitants en ébullition militante ? La crise économique actuelle se conjugue à une crise géopolitique : nos politiques doivent en avoir conscience et oublier leurs différents pour faire face à ce double défi.
Faites le savoir, chers amis : c’est notre devoir à tous.
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