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Les révolutions sont-elles prévisibles ?


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Lance Pierre - samedi 06 décembre 2003


Une nation qui n'est pas capable de mener à bien les réformes qu'exige l'évolution du monde et de la société accumule en elle les risques de révolution. Je crois que tout le monde sera d'accord avec cette analyse. Et je crois que tout le monde sera d'accord aussi pour dire qu'une révolution est toujours sanglante, catastrophique et débouchant souvent sur une dictature. Aussi faut-il l'éviter à tout prix, et donc avoir le courage de mener à bien, à fond et sans faiblir les réformes nécessaires. On aura évidemment compris que j'évoque la situation actuelle de la France, que le gouvernement Raffarin tente de réformer, avec toutes les hésitations et les reculades que l'on sait. Et cela n'avance guère. Pas plus que n'avançaient, jadis, les réformes de Louis XVI, qui tout de même essayait d'en faire.

Néanmoins, on imagine difficilement qu'une révolution puisse se produire aujourd'hui dans un pays « moderne » d'Europe occidentale. Encore que l'adjectif « moderne » soit pratiquement dépourvu de signification, du moins en Occident. Les nations occidentales ayant toujours été, au moins depuis la Renaissance, en tête du progrès de la civilisation, elles ont toujours été « modernes » par définition. D'ailleurs je m'amuse toujours d'entendre des gens s'exclamer : « Comment peut-on voir ça en 2003 ! ». Car ils auraient pu prononcer cette phrase à n'importe quelle date dans l'Histoire. À coup sûr, leurs parents ou grand-parents l'ont dite en 1950 ou en 1900 et leurs aïeux n'importe quand. Car les hommes les plus inventifs ont toujours été « à la pointe du progrès », vu qu'ils ne peuvent pas être ailleurs, et cela depuis le néolithique. C'est pourquoi une révolution n'est pas une affaire d'époque et qu'elle a pu, peut et pourra toujours se produire n'importe où et n'importe quand, pour peu qu'un certain nombre de conditions soient réunies.

Le détonateur météo

Le sont-elles en France aujourd'hui ? Pas toutes. Mais je crois qu'il n'en manque qu'une seule, la principale, celle qui a toujours servi de détonateur : la famine. Or, il semble très improbable qu'elle survienne. On nous le répète chaque jour : « En France, aujourd'hui, personne ne peut mourir de faim ! » Personne en effet, même pas les étrangers, puisque les immigrés clandestins sont les principaux « clients » des Restos du cœur. Ah ! Que la France est un beau pays ! On peut y venir du bout du monde se faire soigner à l'œil et manger de même sans avoir à montrer le moindre papier d'identité. N'est-ce pas merveilleux ? Cela s'appelle du christianisme, mais, chut !, il paraît que je ne dois pas le dire : ça vexe ! Alors vive le Secours catholique, l'Armée du Salut, la Banque alimentaire, la Couverture maladie « universelle », l'encouragement permanent à l'immigration sauvage et que périsse l'Europe par asphyxie, pourvu qu'elle meure chrétienne ! Amen.

Pas de famine possible donc, sauf si... Sauf si quelque catastrophe sanitaire, genre vache folle à la puissance dix, venait soudain pulvériser nos illusions. Ou encore une succession de canicules imparables évaporant toutes nos réserves d'eau. Ou quelque virus mutant déclenchant une épidémie ravageuse mettant les trois quarts des Français à l'hôpital ou au cimetière. Allez savoir !

Mais au fait, que se passa-t-il donc en 1789 ? Une révolution était-elle prévue au planning ? Pas que je sache ! L'Encyclopédie échauffait les esprits, certes, mais pas plus qu'Internet aujourd'hui, somme toute. Il y avait des abus, des gaspillages, des scandales, de la corruption, un chômage énorme, un déficit public extravagant, des planqués accrochés à leurs privilèges, une fiscalité écrasante… (Bon sang ! Qu'est-ce que je suis en train de lire ? Un bouquin d'Histoire où mon quotidien du matin ? J'ai l'impression que les fonctionnaires ont remplacé les aristocrates et que les syndicats tiennent le rôle que tenaient les évêchés.) Mais alors, qu'est-ce qui a bien pu déclencher l'explosion ? Eh bien, la météo, figurez-vous ! Une canicule d'abord : la sécheresse de 1788 avait réduit les récoltes de moitié et, la veille de la moisson, une grêle formidable s'abattit sur les régions les plus fertiles, de la Normandie à la Champagne, ruinant le peu qu'il y avait. Un terrible hiver lui succéda : la Seine gela de Paris au Havre et on perdit un tiers de tous les oliviers de Provence. Au printemps de 1789, la famine était partout, et malgré les louables efforts des ministres de Louis XVI et des congrégations religieuses, les démunis étaient trop nombreux pour qu'on puisse faire face. L'agriculture et l'économie françaises, fragilisées depuis longtemps par les réglementations paralysantes de Louis XIV et de Colbert, n'avaient plus de réserves. Vous connaissez la suite.

Surveillez bien la météo !


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