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Lance Pierre - dimanche 05 juin 2005


Il s’est passé, le 29 mai, une chose incroyable. Alors que le parti communiste est en perte continuelle d’électeurs depuis la chute du mur de Berlin ; alors que le socialisme ne survit en Europe qu’à la seule condition de se teinter de libéralisme, les communistes et socialo-gauchistes français de toutes obédiences ont remporté une extraordinaire victoire en envoyant dans les cordes le libéralisme européen. Et comment ont-ils remporté cette victoire du collectivisme ? Grâce à la complicité de leurs « ennemis héréditaires », les nationalistes et souverainistes, que leur philosophie quasiment médiévale du « pré carré » a jeté pieds et poings liés dans les bras des marxistes de tout poil sans même qu’ils s’en rendent compte.
Effarant ! Bien sûr, cette victoire du marxisme a été également favorisée par les multiples bévues de Jacques Chirac et de Jean-Pierre Raffarin, incapables de conduire une vraie politique libérale – à l’instar de ce qu’a fait en Grande-Bretagne le pseudo-socialiste Tony Blair, qui s’est glissé dans les bottes de Margaret Thatcher sans le moindre complexe, ce qui lui a valu sa réélection malgré la désapprobation massive des Anglais de la participation britannique à la guerre d’Irak.
Car tels sont les deux extraordinaires paradoxes de l’Angleterre et de la France. Nous avons à Londres un élu travailliste qui conduit une politique libérale et nous avons à Paris un prétendu libéral qui poursuit une politique socialo-étatiste. Or, cette confusion des genres est lourde de conséquences, pour nos deux pays comme pour l’Europe. Et surtout pour les opinions publiques des deux peuples, égarées par ces étiquettes politiques totalement falsifiées. Car un électeur anglais satisfait de la politique économique de Tony Blair peut croire qu’elle est bonne parce que c’est celle d’un socialiste, ce en quoi il se trompe, tandis qu’un électeur français, insatisfait de la politique économique de Chirac et Raffarin peut croire qu’elle est mauvaise parce que c’est celle de libéraux, ce en quoi il fait erreur. Pour l’électeur moyen, c’est le pot au noir et la bouteille à l’encre.

Erreur de cible

Bien entendu, les marxistes ont mis à profit cette confusion pour convaincre le plus possible d’électeurs que la politique dite trop libérale du gouvernement français était responsable de tous leurs déboires et qu’en conséquence, il fallait rejeter le projet de Constitution européenne, trop libérale elle-même. Or, (et les lecteurs de notre journal le savent mieux que personne), si la situation économique française est mauvaise, ce n’est nullement parce qu’elle est trop libérale, mais tout au contraire parce qu’elle ne l’est pas assez. Mais il aura suffi que 5 % des électeurs tombent dans le panneau et basculent vers le non pour mettre en échec le libéralisme européen, qui est pourtant ce qui pouvait leur arriver de mieux.
Pour ajouter au désastre, Chirac n’a rien trouvé de mieux, au cours des mois précédant le référendum, que d’agiter la possible entrée de la Turquie en Europe, dont personne ne veut, ce qui permit à Philippe de Villiers d’affirmer que voter « oui » revenait à accepter la Turquie, un mensonge absolu et cynique. Pour corser le tout, Raffarin se mit à effacer le lundi de Pentecôte, suscitant une nouvelle vague de mécontentement qui a sûrement engendré à son tour un petit paquet de « non ».
Il n’y avait qu’un moyen de renverser peut-être la tendance, lorsque les derniers sondages publiés donnaient le « non » vainqueur, c’était que Jean-Pierre Raffarin démissionne en faisant une déclaration solennelle, annonçant qu’il se sacrifiait pour que les Français ne se trompent pas d’enjeu et ne jouent pas contre l’Europe en croyant jouer contre lui. Il se donnait le beau rôle et ne perdait rien, puisqu’il va sauter de toute façon. Mais à l’Elysée comme à Matignon, on a peu de courage et pas du tout d’imagination.
Bref, 55 % des Français ont fait un croche-pied à l’Europe pour des raisons purement françaises. C’est navrant ! Quant à moi, je demeure parfaitement serein, sachant qu’il sera tôt ou tard rendu à chacun selon ses œuvres. Je préfère perdre avec ceux qui ont raison que gagner avec ceux qui ont tort.


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