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Les sentinelles de la liberté veillent


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Milliere Guy - mercredi 13 décembre 2006

fereydoun-hoveyda, ralph-harris, milton-friedman
Cet automne 2006 a vu disparaître plusieurs des hommes qui ont mené, des décennies durant, le combat pour la liberté de penser, de parler, d’entreprendre et de créer.

Quelques sentinelles de la liberté préservent l’humanité de l’obscurantisme, de génération en génération.

Le premier de ces hommes est Ralph Harris. Né dans un milieu très modeste, il est parvenu à s’élever par ses seuls mérites, et il est passé en quelques années à peine de l’enseignement universitaire à la direction d’un think tank dont il a fait l’un des repères majeurs de la pensée libérale au vingtième siècle : l’Institute of Economic Affairs. Sans le travail de l’IEA, et donc celui de Ralph Harris, la révolution thatchérienne qui a permis au Royaume Uni de sortir du marasme socialiste pour redevenir un pays économiquement dynamique, n’aurait très vraisemblablement pas eu lieu, et l’Eurosclérose aurait vraisemblablement triomphé depuis longtemps.

Ralph Harris a été nommé à la Chambre des Lords sous le nom de Lord Harris of High Cross par Margaret Thatcher, en signe de gratitude. Après qu’il ait quitté l’IEA, il a joué un rôle essentiel dans la création et l’existence du « groupe de Bruges », consacré à lutter contre l’emprise de la technocratie bruxelloise. L’Institut Turgot - dont je viens de prendre la direction - doit beaucoup à tous les travaux de Ralph Harris, et je tenais à le dire.

Le second de ces hommes est Milton Friedman. Cet immense économiste, dont l’œuvre a été couronnée d’un prix Nobel, est resté actif jusqu’au bout. Aucun penseur, dans la seconde moitié du xxe siècle, n’a fait autant que lui non seulement pour défendre, mais aussi pour expliquer la liberté. J’ai traduit et fait publier, voici une vingtaine d’années, ses « Essais d’économie positive », pour les rendre accessibles au public français, mais l’ouvrage le plus marquant de Friedman restera « Free to Choose ». Traduit dans de nombreuses langues, diffusé à des dizaines de milliers d’exemplaires sur les cinq continents, accompagné d’une série télévisée, ce livre a sans aucun doute fait comprendre les liens entre liberté politique et liberté économique et les vertus du marché à des gens qui n’avaient jamais ouvert un livre d’économie.
Martin Anderson, qui côtoyait Friedman sur le campus de l’université de Stanford, me disait, il y a quelques années, qu’il avait été l’intellectuel le plus important du siècle écoulé. Je reprendrai à mon compte la phrase de Martin. Friedrich Hayek, Ludwig von Mises, Karl Popper et Milton Friedman sont des géants à l’ombre desquels nous avançons, et vis-à-vis de qui nous devons faire preuve de gratitude.

Le troisième de ces hommes est Fereydoun Hoveyda. En achevant le livre que je lui ai consacré (et qui fera partie de mes prochaines publications), j’ai eu immédiatement le titre adéquat en tête : « Mille et une vies ». Car, c’est un fait, Fereydoun a eu mille et une vies. Né à Damas en 1924, il a grandi à Beyrouth et a été témoin tout à la fois de la naissance du nationalisme arabe, de la montée de l’islamisme au Proche-Orient, et de la naissance d’Israël. Il a ensuite contribué à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, puis à celle de la Nouvelle vague à Paris et du pop art à New York. Fereydoun a aussi été diplomate au service de son pays, l’Iran. Après la prise du pouvoir par Khomeyni, il s’est consacré essentiellement à la réflexion et a laissé aux lecteurs quelques-unes des livres les plus féconds concernant le totalitarisme islamiste, dont « The Broken Crescent » (le Croissant gammé). Fereydoun m’a expliqué, ainsi qu’à des milliers d’autres, comment cette monstruosité qu’est l’islam radical s’est trouvée engendrée, et comment un islam éclairé et ouvert est à même d’exister.

Dans une époque où le totalitarisme islamiste est devenu le danger majeur et où tant d’analyses sommaires de l’islam abondent, j’entends tout faire pour que le message de Fereydoun ne soit pas perdu, et pour que son travail éclaire le siècle qui commence. L’Institut Turgot organisera en 2007 un grand colloque sur l’islam, Fereydoun n’y participera pas, mais je pense juste et légitime de lui dédier, par avance, les actes de ce colloque. « Le choc n’est pas choc des civilisations, mais choc entre civilisation et barbarie », me disait-il, un soir d’été, en Virginie.

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