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Les syndicats françaiscontre les salariés…


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Baudouin Pierre - dimanche 20 février 2005


Le journal « Le  Parisien » du 14 février, largement repris par les revues de presse radiophoniques, s’inquiète d’une initiative prise par la société Nina Ricci. Cette société du luxe bien connue doit, en effet, licencier quelque 200 salariés sur les 781 qu’elle emploie en France.
Or, pour préparer ce plan social, elle a mis en place un « licenciement à points », sur le modèle du permis de conduire du même nom.
Concrètement, cela signifie qu’un salarié avec charge de famille, avec plusieurs années d’ancienneté, ou avec un handicap, recevra plus de points qu’un célibataire, une personne venant juste d’intégrer la société, ou une personne valide. Et, naturellement, les personnes possédant le moins de points seront licenciées prioritairement.
Or, les syndicats s’insurgent, nous dit l’article, de ces méthodes « arbitraires » de « vente aux enchères ».
Cette réaction laisse un peu rêveur. Si une société se sépare de ses collaborateurs sans tenir compte des qualités de chacun, les médias et les syndicats hurlent à « l’ultralibéralisme ». Si la même société décide de traiter chaque cas individuellement, on vient nous parler d’arbitraire. Et pourquoi pas de « paternalisme », puisque les pères de familles sont mieux traités que les célibataires !
La France gagnerait beaucoup à avoir des syndicats un tant soit peu cohérents. On peut comprendre la pure logique égalitariste ; j’avoue mieux comprendre la logique suivie par le groupe Nina Ricci. Mais l’attitude des syndicats soi-disant « représentatifs » récriminant contre toute décision d’une entreprise, de quelque type qu’elle soit, est proprement incompréhensible.
Sauf si l’on intègre l’information élémentaire suivante : les syndicats n’ont nullement pour tâche de discuter avec les employeurs le statut des salariés. Pour une raison extrêmement simple : ils sont, en France, aussi peu représentatifs que possible. Quand moins de 10 % des salariés du privé sont syndiqués, comment supposer que ces « centrales » s’intéressent au sort des salariés du privé ?
Conclusion : alors que, partout ailleurs, les syndicats « négocient », en France, ils « contestent », ils hurlent, ils s’opposent.
La négociation n’est peut-être pas satisfaisante, mais, du moins, elle est efficace. Et les salariés allemands ou danois ne se plaignent pas des services de leurs représentants. Au contraire, SUD-Rail a sans doute un discours qui « passe » bien au journal télévisé de France 3 ; mais cet organisme se moque comme d’une guigne du sort des rarissimes salariés qui y ont adhéré.
Deux logiques syndicales. Et surtout deux conceptions de la société, diamétralement opposées. Dans la conception des syndicats français, la « lutte des classes » reste un « fait » avéré. Mais, il n’y a plus un seul observateur de l’économie mondiale à croire à cette mythologie… Or, cette mythologie est mortifère. Surtout pour les plus démunis des salariés !

Requiem pour François Mitterrand

Un film récent, et plus encore le procès des écoutes, remet le feu président Mitterrand au centre de l’actualité.
Près de quinze ans après sa mort, on peut sans doute commencer à esquisser un bilan. Encore faut-il qu’il soit honnête. On peut comprendre les hommes de droite qui constatent que son successeur n’a pas été à la hauteur. Mais, les éloges de celui qui a institutionnalisé le socialisme en France me paraissent franchement déraisonnables.
Cet homme n’a sans doute pas été l’inventeur du cynisme politique, de la corruption généralisée, ni même du socialisme. Mais, il a « acclimaté » dans notre pays ces peu recommandables mœurs politiques. Entendre des commentateurs affirmer qu’il fut le dernier grand homme politique français, voire le dernier homme de droite, est stupéfiant.
Il était certes d’une autre qualité intellectuelle que son successeur. Mais, 1981 est une étape cruciale dans le déclin de notre pays et je ne vois pas pourquoi on exonérerait cet homme de ses responsabilités, fût-ce en souvenir de sa fidélité en amitié ou de ses amours de jeunesse.
Il fut notamment l’un des inventeurs – avec son ami Charasse – de l’inquisition fiscale, ou de l’utilisation de l’appareil d’État à des fins personnelles. Sans compter la banalisation du marxisme-léninisme. Non, le bilan n’est pas « globalement positif » !


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